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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/564

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— Oh ! à côté de celle qu’il régissait, auprès de son ancien maître, c’est de bien mauvais goût, dit Georges.

— Ne parlez pas si haut, dit monsieur de Reybert, car madame Moreau et sa fille, la baronne de Canalis, sont, ainsi que son gendre, l’ancien ministre, dans le coupé.

— Quelle dot a-t-il donc donnée pour faire épouser sa fille à notre grand orateur ?

— Mais quelque chose comme deux millions, dit le père Léger.

— Il avait du goût pour les millions, dit Georges en souriant et à voix basse, il commençait sa pelote à Presles…

— Ne dites rien de plus sur monsieur Moreau, s’écria vivement Oscar. Il me semble que vous devriez avoir appris à vous taire dans les voitures publiques.

Joseph Bridau regarda l’officier manchot pendant quelques secondes, et s’écria : ─ Monsieur n’est pas ambassadeur, mais sa rosette nous dit assez qu’il a fait du chemin, et noblement, car mon frère et le général Giroudeau vous ont souvent cité dans leurs rapports…

— Oscar Husson ! s’écria Georges. Ma foi ! sans votre voix, je ne vous aurais pas reconnu.

— Ah ! c’est monsieur qui a si courageusement arraché le vicomte Jules de Sérisy aux Arabes ? demanda Reybert, et à qui monsieur le comte a fait avoir la perception de Beaumont en attendant la recette de Pontoise ?…

— Oui, monsieur, dit Oscar.

— Eh bien ! dit le grand peintre, vous me ferez, monsieur, le plaisir d’assister à mon mariage à l’Isle-Adam.

— Qui épousez-vous ? demanda Oscar.

— Mademoiselle Léger, répondit le peintre, la petite-fille de monsieur Reybert. C’est un mariage que monsieur le comte de Sérisy a bien voulu préparer pour moi, je lui devais déjà beaucoup comme artiste ; et avant de mourir, il a voulu s’occuper de ma fortune, à laquelle je ne songeais point…

— Le père Léger a donc épousé… dit Georges.

— Ma fille, répondit monsieur de Reybert et sans dot.

— Il a eu des enfants ?

— Une fille. C’est bien assez pour un homme qui s’est trouvé veuf et sans enfants, répondit le père Léger. Tout comme Moreau, mon associé, j’aurai pour gendre un homme célèbre.