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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/559

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vre dévote avait donc été portée pour quinze cents francs de pension viagère dans la loi rendue à propos de cette machine infernale en faveur des victimes.

La voiture, à laquelle on attelait quatre chevaux gris pommelé qui eussent fait honneur aux Messageries-Royales, était divisée en coupé, intérieur, rotonde et impériale. Elle ressemblait parfaitement aux diligences appelées Gondoles qui soutiennent aujourd’hui sur la route de Versailles la concurrence avec les deux chemins de fer. À la fois solide et légère, bien peinte et bien tenue, doublée de fin drap bleu, garnie de stores à dessins mauresques et de coussins en maroquin rouge, l’Hirondelle de l’Oise contenait dix-neuf voyageurs. Pierrotin, quoique âgé de cinquante-six ans, avait peu changé. Toujours vêtu de sa blouse, sous laquelle il portait un habit noir, il fumait son brûle-gueule en surveillant deux facteurs en livrée qui chargeaient de nombreux paquets sur la vaste impériale de sa voiture.

— Vos places sont-elles retenues ? dit-il à madame Clapart et à Oscar en les examinant comme un homme qui demande des ressemblances à son souvenir.

— Oui, deux places d’intérieur au nom de Bellejambe, mon domestique, répondit Oscar ; il a dû les prendre en partant hier au soir.

— Ah ! monsieur est le nouveau percepteur de Beaumont, dit Pierrotin, vous remplacez le neveu de monsieur Margueron…

— Oui, dit Oscar en serrant le bras de sa mère qui allait parler.

À son tour, l’officier voulait rester inconnu pendant quelque temps.

En ce moment, Oscar tressaillit en entendant la voix de Georges Marest qui cria de la rue : ─ Pierrotin, avez-vous encore une place ?

— Il me semble que vous pourriez bien me dire monsieur sans vous déchirer la gueule, répondit vivement l’entrepreneur des Services de la vallée de l’Oise.

Sans le son de voix, Oscar n’aurait pu reconnaître le mystificateur qui déjà deux fois lui avait été si fatal. Georges, presque chauve, ne conservait plus que trois ou quatre mèches de cheveux au-dessus des oreilles, et soigneusement ébouriffées pour déguiser le plus possible la nudité du crâne. Un embonpoint mal placé, un ventre piriforme, altéraient les proportions autrefois si élégantes de l’ex-