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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/545

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sévèrement. Après avoir admiré toutes les richesses de cet appartement, les belles femmes qui s’y gaudissaient, et qui toutes avaient fait assaut de toilette entre elles pour l’inauguration de cette splendeur, Oscar fut pris par la main et conduit par Florentine à la table du vingt et un.

— Venez, que je vous présente à la belle marquise d’Anglade, une de mes amies…

Et elle mena le pauvre Oscar à la jolie Fanny-Beaupré qui remplaçait depuis deux ans feu Coralie dans les affections de Camusot. Cette jeune actrice venait de se faire une réputation dans un rôle de marquise d’un mélodrame de la Porte-Saint-Martin, intitulé : la Famille d’Anglade, un succès du temps.

— Tiens, ma chère, dit Florentine, je te présente un charmant enfant que tu peux associer à ton jeu.

— Ah ! voilà qui sera gentil, répondit avec un charmant sourire l’actrice en toisant Oscar, je perds, nous allons être de moitié, n’est-ce pas ?

— Madame la marquise, je suis à vos ordres, dit Oscar en s’asseyant auprès de la jolie actrice.

— Mettez l’argent, dit-elle, je le jouerai, vous me porterez bonheur ! Tenez, voilà mes derniers cent francs…

Et elle sortit d’une bourse, dont les coulants étaient ornés de diamants, cinq pièces d’or. Oscar tira ses cent francs en pièces de cent sous, honteux déjà de mêler d’ignobles écus à des pièces d’or. En dix tours l’actrice perdit les deux cents francs.

— Allons, c’est bête ! s’écria-t-elle, je vais faire la banque, moi. Nous restons ensemble, n’est-ce pas ? dit-elle à Oscar.

Fanny-Beaupré s’était levée, et le jeune clerc, qui se vit comme elle l’objet de l’attention de toute la table, n’osa pas se retirer en disant que sa bourse logeait le diable. Oscar se trouva sans voix, sa langue devenue lourde resta collée à son palais.

— Prête-moi cinq cents francs ? dit l’actrice à la danseuse.

Florentine apporta cinq cents francs qu’elle alla prendre à Georges qui venait de passer huit fois à l’écarté.

— Nathan a gagné douze cents francs, dit l’actrice au clerc, les banquiers gagnent toujours, ne nous laissons pas embêter, lui souffla-t-elle dans l’oreille.

Les gens qui ont du cœur, de l’imagination et de l’entraînement, comprendront comment le pauvre Oscar ouvrit son portefeuille, et