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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/524

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homme dur comme une barre de fer, âpre à l’ouvrage, un cheval d’une activité féroce ; il se nomme Desroches, je vais lui offrir toutes nos affaires à la condition de me morigéner Oscar ; je lui proposerai de le prendre chez lui moyennant neuf cents francs, j’en donnerai trois cents, ainsi votre fils ne vous coûtera que six cents francs, et je vais bien le recommander à monsieur le prieur. Si l’enfant veut devenir un homme, ce sera sous cette férule ; car il sortira de là, notaire, avocat ou avoué.

— Allons, Oscar, remercie donc ce bon monsieur Moreau, tu es là comme un terme ! Tous les jeunes gens qui font des sottises n’ont pas le bonheur de rencontrer des amis qui s’intéressent encore à eux après en avoir reçu du chagrin…

— La meilleure manière de faire ta paix avec moi, dit Moreau en serrant la main d’Oscar, c’est de travailler avec une application soutenue et de te bien conduire…

Dix jours après, Oscar fut présenté par l’ex-régisseur à maître Desroches, avoué, récemment établi rue de Béthisy, dans un vaste appartement au fond d’une cour étroite, et d’un prix relativement modique. Desroches, jeune homme de vingt-six ans, élevé durement par un père d’une excessive sévérité, né de parents pauvres, s’était vu dans les conditions où se trouvait Oscar ; il s’y intéressa donc, mais comme il pouvait s’intéresser à quelqu’un, avec les apparences de dureté qui le caractérisent. L’aspect de ce jeune homme sec et maigre, à teint brouillé, à cheveux taillés en brosse, bref dans ses discours, à l’œil pénétrant et d’une vivacité sombre, terrifia le pauvre Oscar.

— Ici, l’on travaille jour et nuit, dit l’avoué du fond de son fauteuil et derrière une longue table où les papiers étaient amoncelés en forme d’alpes. Monsieur Moreau, nous ne vous le tuerons pas, mais il faudra qu’il marche à notre pas. ─ Monsieur Godeschal ! cria-t-il.

Quoique ce fût un dimanche, le premier clerc se montra, la plume à la main.

— Monsieur Godeschal, voici l’apprenti basochien de qui je vous ai parlé, et à qui monsieur Moreau prend le plus vif intérêt ; il dînera avec nous et prendra la petite mansarde à côté de votre chambre ; vous lui mesurerez le temps nécessaire pour aller d’ici à l’École de Droit et revenir, de manière qu’il n’ait pas cinq minutes à perdre ; vous veillerez à ce qu’il ap-