Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/510

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Trop hébété pour pleurer, Oscar garda le silence en restant immobile comme une statue.

— Viens demander pardon à Son Excellence ! dit Moreau.

— Est-ce que Son Excellence s’inquiète d’une pareille vermine ? s’écria la furieuse Estelle.

— Allons, viens au château ! reprit Moreau.

Oscar s’affaissa comme une masse inerte et tomba par terre.

— Veux-tu venir ! dit Moreau dont la colère s’alluma davantage de moments en moments.

— Non ! non ! Grâce ! s’écria Oscar qui ne voulut pas se soumettre à un supplice pour lui pire que la mort.

Moreau prit alors Oscar par son habit, le traîna comme un cadavre par les cours que l’enfant remplit de ses cris, de ses sanglots ; il le traîna par le perron ; et, d’un bras animé par la rage, il le jeta beuglant et roide comme un pieu, dans le salon, aux pieds du comte qui venait de terminer l’acquisition des Moulineaux et qui se rendait alors dans la salle à manger avec toute la compagnie.

— À genoux ! à genoux ! malheureux ! demande pardon à celui qui t’a donné le pain de l’âme en t’obtenant une bourse au collége ! criait Moreau.

Oscar, la face contre terre, écumait de rage, sans dire un mot. Tous les spectateurs tremblaient. Moreau, qui ne se posséda plus, offrait une face sanglante à force d’être injectée.

— Ce jeune homme n’est que vanité, dit le comte après avoir vainement attendu les excuses d’Oscar. Un orgueilleux s’humilie, car il y a de la grandeur dans certains abaissements. J’ai grand-peur que vous ne fassiez jamais rien de ce garçon.

Et le ministre d’État passa.

Moreau reprit Oscar et l’emmena chez lui. Pendant qu’on attelait les chevaux à la calèche, il écrivit à madame Clapart la lettre suivante :

« Ma chère, Oscar vient de me ruiner. Pendant son voyage dans la voiture à Pierrotin, ce matin, il a parlé des légèretés de madame la comtesse à Son Excellence elle-même qui voyageait incognito, et lui a dit à lui-même ses secrets sur la terrible maladie qu’il a gagnée à passer tant de nuits en travaux dans ses diverses fonctions. Après m’avoir destitué, le comte m’a recommandé de ne pas laisser coucher Oscar à Presles, et de le renvoyer. Aussi,