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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/507

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salon, où il trouva son clerc excessivement penaud, en compagnie des deux peintres, tous trois embarrassés de leurs personnages. Monsieur de Reybert, un homme de cinquante ans à figure rébarbative, mais probe, était venu accompagné du vieux Margueron et du notaire de Beaumont qui tenait une liasse de pièces et de titres. Quand toutes ces personnes virent paraître le comte dans son costume d’homme d’État, Georges Marest eut un léger mouvement de colique, Joseph Bridau tressaillit ; mais Mistigris, qui se trouvait dans ses habits des dimanches et qui d’ailleurs n’avait rien à se reprocher, dit assez haut : ─ Eh bien ! il est infiniment mieux comme ça.

— Petit drôle, dit le comte en l’amenant avec lui par une oreille, nous faisons tous deux la décoration. ─ Avez-vous reconnu votre ouvrage, mon cher Schinner ? dit le comte en montrant le plafond à l’artiste.

— Monseigneur, répondit l’artiste, j’ai eu le tort de m’arroger par bravade un nom célèbre ; mais cette journée m’oblige à vous faire de belles choses et à illustrer celui de Joseph Bridau.

— Vous avez pris ma défense, dit vivement le comte, et j’espère que vous me ferez le plaisir de dîner avec moi, ainsi que notre spirituel Mistigris.

— Votre Seigneurie ne sait pas à quoi elle s’expose, dit l’effronté rapin. Ventre affamé n’a pas d’orteils.

— Bridau ! s’écria le ministre frappé par un souvenir : seriez-vous parent d’un des plus ardents travailleurs de l’Empire, un Chef de Division qui a succombé victime de son zèle ?

— Son fils, monseigneur, répondit Joseph en s’inclinant.

— Vous êtes le bienvenu ici, reprit le comte en prenant la main du peintre entre les siennes ; j’ai connu votre père, et vous pouvez compter sur moi comme sur un… oncle d’Amérique, ajouta monsieur de Sérisy en souriant. Mais vous êtes trop jeune pour avoir des élèves : à qui donc est Mistigris ?

— À mon ami Schinner qui me l’a prêté, reprit Joseph. Mistigris se nomme Léon de Lora. Monseigneur, si vous vous souvenez de mon père, daignez penser à celui de ses fils qui se trouve accusé de complot contre l’État et traduit devant la Cour des pairs…

— Ah ! c’est vrai, dit le comte, j’y songerai, croyez-le bien. ─ Quant au prince Czerni-Georges, l’ami d’Ali-Pacha, l’aide de camp de Mina, dit le comte en s’avançant vers Georges.

— Lui ?… mon second clerc ! s’écria Crottat.