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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/475

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— Ça peut-il se dire ? demanda Georges. Je connais la Dalmatie.

─ Eh bien, si vous y êtes allé, vous devez savoir qu’au fond de l’Adriatique, c’est tous vieux pirates, forbans, corsaires retirés des affaires, quand ils n’ont pas été pendus, des…

— Les Uscoques, enfin, dit Georges.

En entendant le mot propre, le comte, que Napoléon avait envoyé jadis dans les Provinces Illyriennes, tourna la tête, tant il en fut étonné.

— C’est dans cette ville où l’on fait du marasquin, dit Schinner en paraissant chercher un nom.

— Zara ! dit Georges. J’y suis allé, c’est sur la côte.

— Vous y êtes, reprit le peintre. Moi, j’allais là pour observer le pays, car j’adore le paysage. Voilà vingt fois que j’ai le désir de faire du paysage, que personne, selon moi, ne comprend, excepté Mistigris qui recommencera quelque jour Hobbéma, Ruysdaël, Claude Lorrain, Poussin et autres.

— Mais, s’écria le comte, qu’il n’en recommence qu’un de ceux-là, ce sera bien assez.

— Si vous interrompez toujours, monsieur, dit Oscar, nous ne nous y reconnaîtrons plus.

— Ce n’est pas d’ailleurs à vous que monsieur s’adresse, dit Georges au comte.

— Ce n’est pas poli de couper la parole, dit sentencieusement Mistigris ; mais nous en avons tous fait autant, et nous perdrions beaucoup si nous ne semions pas le discours de petits agréments en échangeant nos réflexions. Tous les Français sont égaux dans le coucou, a dit le petit-fils de Georges. Ainsi continuez, agréable vieillard… blaguez-nous. Cela se fait dans les meilleures sociétés ; et vous savez le proverbe : Il faut ourler avec les loups.

— On m’avait dit des merveilles de la Dalmatie, reprit Schinner, j’y vais donc en laissant Mistigris, à Venise, à l’auberge.

— À la locanda ! fit Mistigris, lâchons la couleur locale.

— Zara est, comme on dit, une vilenie…

— Oui, dit Georges, mais elle est fortifiée.

— Parbleu ! dit Schinner, les fortifications sont pour beaucoup dans mon aventure. À Zara, il se trouve beaucoup d’apothicaires, je me loge chez l’un d’eux. Dans les pays étrangers, tout le monde a pour principal métier de louer en garni, l’autre métier est un accessoire. Le soir, je me mets à mon balcon après avoir changé de linge. Or, sur