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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/418

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— Connaissait-il sa position d’assassin ? dit mademoiselle des Touches au baron de l’Hostal.

— Il soupçonne la vérité, répondit le Consul, et c’est là ce qui le tue. Je suis resté sur le bateau à vapeur qui l’emmenait à Naples, jusqu’au delà de la rade, une barque devait me ramener. Nous restâmes pendant quelque temps à nous faire des adieux qui, je le crains, sont éternels. Dieu sait combien l’on aime le confident de notre amour, quand celle qui l’inspirait n’est plus ! — « Cet homme possède, me disait Octave, un charme, il est revêtu d’une auréole. » Arrivés à la proue, le comte regarda la Méditerranée ; il faisait beau par aventure, et, sans doute, ému par ce spectacle, il me légua ces dernières paroles : — « Dans l’intérêt de la nature humaine, ne faudrait-il pas rechercher quelle est cette irrésistible puissance qui nous fait sacrifier au plus fugitif de tous les plaisirs, et malgré notre raison, une divine créature ?… J’ai, dans ma conscience, entendu des cris. Honorine n’a pas crié seule. Et j’ai voulu !… Je suis dévoré de remords ! Je mourais, rue Payenne, des plaisirs que je n’avais pas ; je mourrai en Italie des plaisirs que j’ai goûtés !… D’où vient le désaccord entre deux natures également nobles, j’ose le dire ?

Un profond silence régna sur la terrasse pendant quelques instants.

— Était-elle vertueuse ? demanda le Consul aux deux femmes.

Mademoiselle des Touches se leva, prit le Consul par le bras, fit quelques pas pour s’éloigner, et lui dit : — Les hommes ne sont-ils pas coupables aussi de venir à nous, de faire d’une jeune fille leur femme, en gardant au fond de leurs cœurs d’angéliques images, en nous comparant à des rivales inconnues, à des perfections souvent prises à plus d’un souvenir, et nous trouvant toujours inférieures ?

— Mademoiselle, vous auriez raison si le mariage était fondé sur la passion, et telle a été l’erreur des deux êtres qui bientôt ne seront plus. Le mariage, avec un amour de cœur chez les deux époux, ce serait le paradis.

Mademoiselle des Touches quitta le Consul et fut rejointe par Claude Vignon qui lui dit à l’oreille : — Il est un peu fat, monsieur de l’Hostal.

— Non, répondit-elle en glissant à l’oreille de Claude cette parole, il n’a pas encore deviné qu’Honorine l’aurait aimé. Oh ! fit-