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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/403

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levard, attiré vers moi par une force invincible. — « Quelle nuit la pauvre enfant va passer ? s’écria-t-il quand j’eus fini de lui raconter la scène qui venait d’avoir lieu. Si j’y allais, dit-il, si tout à coup elle me voyait ! — En ce moment, elle est femme à se jeter par la fenêtre, lui répondis-je. La comtesse est de ces Lucrèces qui ne survivent pas à un viol, même quand il vient d’un homme à qui elles se donneraient. — Vous êtes jeune, me répondit-il. Vous ne savez pas que la volonté, dans une âme agitée par de si cruelles délibérations, est comme le flot d’un lac où se passe une tempête, le vent change à toute minute, et le courant est tantôt à une rive, tantôt à une autre. Pendant cette nuit, il y a tout autant de chances pour qu’à ma vue Honorine se jette dans mes bras, que pour la voir sauter par la fenêtre. — Et vous accepteriez cette alternative ? lui dis-je. — Allons, me répondit-il, j’ai chez moi, pour pouvoir attendre jusqu’à demain soir, une dose d’opium que Desplein m’a préparée afin de me faire dormir sans danger ! » Le lendemain, à midi, la Gobain m’apporta une lettre, en me disant que la comtesse, épuisée de fatigue, s’était couchée à six heures et que, grâce à un amandé préparé par le pharmacien, elle dormait.

— Voici cette lettre, j’en ai gardé une copie, car, mademoiselle, dit le consul en s’adressant à Camille Maupin, vous connaissez les ressources de l’art, les ruses du style et les efforts de beaucoup d’écrivains qui ne manquent pas d’habileté dans leurs compositions ; mais vous reconnaîtrez que la littérature ne saurait trouver de tels écrits dans ses entrailles postiches ! Il n’y a rien de terrible comme le vrai. Voilà ce qu’écrivit cette femme, ou plutôt cette douleur :

« Monsieur Maurice,

Je sais tout ce que votre oncle pourrait me dire, il n’est pas plus instruit que ma conscience. La conscience est chez l’homme le truchement de Dieu. Je sais que si je ne me réconcilie pas avec Octave je serai damnée : tel est l’arrêt de la loi religieuse. La loi civile m’ordonne l’obéissance quand même. Si mon mari ne me repousse pas, tout est dit, le monde me tient pour pure, pour vertueuse, quoi que j’aie fait. Oui, le mariage a cela de sublime que la Société ratifie le pardon du mari ; mais elle a oublié qu’il faut que le pardon soit accepté. Légalement, religieusement, mondainement, je dois revenir à Octave. À ne nous en