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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/374

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mais. Ce vieillard conclut à l’impossibilité de réglementer les sympathies et les antipathies humaines, il soutint que la loi sociale n’était jamais plus parfaite que quand elle se rapprochait de la loi naturelle. Or, la Nature ne tenait aucun compte de l’alliance des âmes, son but était atteint par la propagation de l’espèce. Donc le Code actuel avait été très sage en laissant une énorme latitude aux hasards. L’exhérédation des filles, tant qu’il y aurait des héritiers mâles, était une excellente modification, soit pour éviter l’abâtardissement des races, soit pour rendre les ménages plus heureux en supprimant des unions scandaleuses, en faisant rechercher uniquement les qualités morales et la beauté. — « Mais, ajouta-t-il en levant la main par un geste de dégoût, le moyen de perfectionner une législation quand un pays a la prétention de réunir sept ou huit cents législateurs !… Après tout, reprit-il, si je suis sacrifié, j’ai un enfant qui me succédera… — En laissant de côté toute question religieuse, reprit mon oncle, je ferai observer à Votre Excellence que la Nature ne nous doit que la vie, et que la Société nous doit le bonheur. Êtes-vous père ? lui demanda mon oncle. — Et moi, ai je des enfants ? » dit d’une voix creuse le comte Octave dont l’accent causa de telles impressions que l’on ne parla plus ni femmes, ni mariage. Quand le café fut pris, les deux comtes et les deux curés s’évadèrent en voyant le pauvre Octave tombé dans un accès de mélancolie qui ne lui permit pas de s’apercevoir de ces disparitions successives. Mon protecteur était assis sur une bergère, au coin du feu, dans l’attitude d’un homme anéanti. — « Vous connaissez le secret de ma vie, me dit-il en s’apercevant que nous nous trouvions seuls. Après trois ans de mariage, un soir, en rentrant, on m’a remis une lettre par laquelle la comtesse m’annonçait sa fuite. Cette lettre ne manquait pas de noblesse, car il est dans la nature des femmes de conserver encore des vertus en commettant cette faute horrible… Aujourd’hui, ma femme est censée s’être embarquée sur un vaisseau naufragé, elle passe pour morte. Je vis seul depuis sept ans !… Assez pour ce soir, Maurice. Nous causerons de ma situation quand je me serai accoutumé à l’idée de vous en parler. Quand on souffre d’une maladie chronique, ne faut-il pas s’habituer au mieux ? Souvent le mieux paraît être une autre face de la maladie. » J’allai me coucher tout troublé, car le mystère, loin de s’éclaircir, me parut de plus en plus obscur. Je pressentis un drame étrange en comprenant qu’il ne pouvait y avoir rien de vulgaire entre une