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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/373

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celles des climats où la femme est nubile à sept ans et plus que vieille à vingt-cinq. L’Église catholique a oublié les nécessités d’une moitié du globe. Parlons donc uniquement de l’Europe. La femme nous est-elle inférieure ou supérieure. Telle est la vraie question par rapport à nous. Si la femme nous est inférieure, en l’élevant aussi haut que l’a fait l’Église, il fallait de terribles punitions à l’adultère. Aussi, jadis, a-t-on procédé ainsi. Le cloître ou la mort, voilà toute l’ancienne législation. Mais depuis, les mœurs ont modifié les lois, comme toujours. Le trône a servi de couche à l’adultère, et les progrès de ce joli crime ont marqué l’affaiblissement des dogmes de l’Église catholique. Aujourd’hui, là où l’Église ne demande plus qu’un repentir sincère à la femme en faute, la Société se contente d’une flétrissure au lieu d’un supplice. La loi condamne bien encore les coupables, mais elle ne les intimide plus. Enfin, il y a deux morales : la morale du Monde et la morale du Code. Là où le Code est faible, je le reconnais avec notre cher abbé, le Monde est audacieux et moqueur. Il est peu de juges qui ne voudraient avoir commis le délit contre lequel ils déploient la foudre assez bonasse de leurs considérants. Le Monde, qui dément la loi, et dans ses fêtes, et par ses usages, et par ses plaisirs, est plus sévère que le Code et l’Église : le Monde punit la maladresse après avoir encouragé l’hypocrisie. L’économie de la loi sur le mariage me semble à reprendre de fond en comble. Peut-être la loi française serait-elle parfaite si elle proclamait l’exhérédation des filles. — Nous connaissons à nous trois la question à fond, dit en riant le comte de Grandville. Moi, j’ai une femme avec laquelle je ne puis pas vivre. Sérizy a une femme qui ne veut pas vivre avec lui. Toi, Octave, la tienne t’a quitté. Nous résumons donc, à nous trois, tous les cas de conscience conjugale ; aussi composerons-nous, sans doute, la commission, si jamais on revient au divorce. » La fourchette d’Octave tomba sur son verre, le brisa, brisa l’assiette. Le comte, devenu pâle comme un mort, jeta sur le Président de Grandville un regard foudroyant par lequel il me montrait, et que je surpris. — « Pardon, mon ami, je ne voyais pas Maurice, reprit le Président de Grandville. Sérizy et moi nous avons été tes complices après t’avoir servi de témoins, je ne croyais donc pas faire une indiscrétion en présence de ces deux vénérables ecclésiastiques. » Monsieur de Sérizy changea la conversation en racontant tout ce qu’il avait fait pour plaire à sa femme sans y parvenir ja-