Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/346

Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Prince, moi j’y suis obligée, répondit finement Modeste.

— Je réponds de moi, dit la duchesse de Chaulieu.

— Je connais ma fille Diane, elle est digne de son nom, répliqua le prince. Ainsi, vous voilà toutes piquées au jeu… Néanmoins, je ferai en sorte, pour mademoiselle de Verneuil et les personnes qui resteront ici, de forcer le cerf au bout de l’étang.

— Rassurez-vous, mesdames, le déjeuner sur le pouce aura lieu sous une magnifique tente, dit le prince de Loudon quand le Grand-Veneur eut quitté le salon.

Le lendemain, au petit jour, tout présageait une belle journée. Le ciel, voilé d’une légère vapeur grise, laissait apercevoir par des espaces clairs un bleu pur, et il devait être entièrement nettoyé vers midi par une brise de nord-ouest qui balayait déjà de petits nuages floconneux. En quittant le château, le Grand-Veneur, le prince de Loudon et le duc de Rhétoré, qui n’avaient point de dames à protéger, virent, en allant les premiers au rendez-vous, les cheminées du château, ses masses blanches se dessinant sur le feuillage brun-rouge que les arbres conservent en Normandie à la fin des beaux automnes, et poindant à travers le voile des vapeurs.

— Ces dames ont du bonheur, dit au prince le duc de Rhétoré.

— Malgré leurs fanfaronnades d’hier, je crois qu’elles nous laisseront chasser sans elles, répondit le Grand-Veneur.

— Oui, si elles n’avaient pas toutes un attentif, répliqua le duc.

En ce moment, ces chasseurs déterminés, car le prince de Loudon et le duc de Rhétoré sont de la race des Nemrod et passent pour les premiers tireurs du faubourg Saint-Germain, entendirent le bruit d’une altercation, et se rendirent au galop vers le rond-point indiqué pour le rendez-vous, à l’une des entrées des bois de Rosembray, et remarquable par sa pyramide moussue. Voici quel était le sujet du débat. Le prince de Loudon, atteint d’anglomanie, avait mis aux ordres du Grand-Veneur un équipage de chasse entièrement britannique. Or, d’un côté du rond-point, vint se placer un jeune Anglais de petite taille, blond, pâle, l’air insolent et flegmatique, parlant à peu près le français, et dont le costume offrait cette propreté qui distingue tous les Anglais, même ceux des dernières classes. John Barry portait une redingote courte serrée à la taille, de drap écarlate à boutons d’argent aux armes de Verneuil, des culottes de peau blanches, des bottes à re-