Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/339

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


port de la tête, de fin, de délicat dans telle ou telle sinuosité du cou, d’harmonieux dans les mouvements, de digne dans un maintien, de noble dans l’accord parfait des détails et de l’ensemble, dans ces artifices devenus naturels qui rendent une femme sainte et grande, ce serait vouloir analyser le sublime. On jouit de cette poésie comme de celle de Paganini, sans s’en expliquer les moyens, car la cause est toujours l’âme qui se rend visible. La duchesse inclina la tête pour saluer Hélène et sa tante, puis elle dit à Diane d’une voix enjouée, pure, sans trace d’émotion : ─ N’est-il pas temps de nous habiller, duchesse ?

Et elle fit sa sortie, accompagnée de sa belle-fille et de mademoiselle d’Hérouville, qui toutes deux lui donnèrent le bras. Elle parla bas en s’en allant avec la vieille fille, qui la pressa sur son cœur en lui disant : ─ Vous êtes charmante. Ce qui signifiait : ─ Je suis toute à vous pour le service que vous venez de nous rendre.

Mademoiselle d’Hérouville rentra pour jouer son rôle d’espion, et son premier regard apprit à Canalis que le dernier mot de la duchesse n’était pas une vaine menace. L’apprenti diplomate se trouva de trop petite science pour une si terrible lutte, et son esprit lui servit du moins à se placer dans une situation franche, sinon digne. Quand Ernest reparut apportant le mouchoir à Modeste, il le prit par le bras et l’emmena sur la pelouse.

— Mon cher ami, lui dit-il, je suis l’homme, non pas le plus malheureux, mais le plus ridicule du monde ; aussi ai-je recours à toi pour me tirer du guêpier où je me suis fourré. Modeste est un démon ; elle a vu mon embarras, elle en rit, elle vient de me parler de deux lignes d’une lettre de madame de Chaulieu que j’ai fait la sottise de lui confier ; si elle les montrait, jamais je ne pourrais me raccommoder avec Éléonore. Ainsi, demande immédiatement ce papier à Modeste, et dis-lui de ma part que je n’ai sur elle aucune vue, aucune prétention. Je compte sur sa délicatesse, sur sa probité de jeune fille pour se conduire avec moi comme si nous ne nous étions jamais vus, je la prie de ne pas m’adresser la parole, je la supplie de m’accorder ses rigueurs, sans oser réclamer de sa malice une espèce de colère jalouse qui servirait à merveille mes intérêts… Va, j’attends ici.

Ernest de La Brière aperçut, en rentrant au salon, un jeune officier de la compagnie des Gardes d’Havré, le vicomte de Sérizy, qui venait d’arriver de Rosny pour annoncer que Madame était