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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/301

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changeant de conduite, embarrassé, froid ; en ferez-vous encore votre mari, lui donnerez-vous toujours votre estime ?…

— Ce serait un Francisque Althor ?… demanda-t-elle avec un geste où se peignit un amer dégoût.

— Laissez-moi le plaisir de produire ce changement de décoration, dit Butscha. Non seulement, je veux que ce soit subit ; mais, après, je ne désespère pas de vous rendre votre poëte amoureux de nouveau, de lui faire souffler alternativement le froid et le chaud sur votre cœur aussi gracieusement qu’il soutient le pour et le contre dans la même soirée, sans quelquefois s’en apercevoir.

— Si vous avez raison, dit-elle, à qui se fier ?…

— À celui qui vous aime véritablement.

— Au petit duc ?…

Butscha regarda Modeste. Tous deux, ils firent quelques pas en silence. La jeune fille fut impénétrable, elle ne sourcilla pas.

— Mademoiselle, me permettez-vous d’être le traducteur des pensées tapies au fond de votre cœur, comme des mousses marines sous les eaux, et que vous ne voulez pas vous expliquer.

— Eh ! quoi, dit Modeste, mon conseiller-intime-privé-actuel serait encore un miroir ?…

— Non, mais un écho, répondit-il en accompagnant ce mot d’un geste empreint d’une sublime modestie. Le duc vous aime, mais il vous aime trop. Si j’ai bien compris, moi nain, l’infinie délicatesse de votre cœur, il vous répugnerait d’être adorée comme un Saint-Sacrement dans son tabernacle. Mais, comme vous êtes éminemment femme, vous ne voulez pas plus voir un homme sans cesse à vos pieds et de qui vous seriez éternellement sûre, que vous ne voudriez d’un égoïste, comme Canalis, qui se préférerait à vous… Pourquoi ? je n’en sais rien. Je me ferai femme et vieille femme pour savoir la raison de ce programme que j’ai lu dans vos yeux, et qui peut-être est celui de toutes les filles. Néanmoins, vous avez dans votre grande âme un besoin d’adoration. Quand un homme est à vos genoux, vous ne pouvez pas vous mettre aux siens. ─ On ne va pas loin ainsi, disait Voltaire. Le petit duc a donc trop de génuflexions dans le moral ; et Canalis pas assez, pour ne pas dire point du tout. Aussi deviné-je la malice cachée de vos sourires, quand vous vous adressez au Grand-Écuyer, quand il vous parle, quand vous lui répondez. Vous ne pouvez jamais être malheureuse avec le duc, tout le monde vous approuvera si vous le