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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/300

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Est-ce votre petit monsieur de La Brière qui m’accepterait sans dot ? dit-elle après une pause.

— Demandez à monsieur votre père ? répliqua Butscha qui fit quelques pas pour emmener Modeste à une distance respectable des fenêtres. Écoutez-moi, mademoiselle. Vous savez que celui qui vous parle est prêt à vous donner non seulement sa vie, mais encore son honneur, en tout temps, à tout moment ; ainsi vous pouvez croire en lui, vous pouvez lui confier ce que peut-être vous ne diriez pas à votre père. Eh bien, ce sublime Canalis vous a-t-il tenu le langage désintéressé qui vous fait jeter ce reproche à la face du pauvre Ernest ?

— Oui.

— Y croyez-vous ?

— Ceci, mau-clerc, reprit-elle en lui donnant un des dix ou douze surnoms qu’elle lui avait trouvés, m’a l’air de mettre en doute la puissance de mon amour-propre.

— Vous riez, chère mademoiselle ; ainsi rien n’est sérieux, et j’espère alors que vous vous moquez de lui.

— Que penseriez-vous de moi, monsieur Butscha, si je me croyais le droit de railler quelqu’un de ceux qui me font l’honneur de me vouloir pour femme ? Sachez, maître Jean, que, même en ayant l’air de mépriser le plus méprisable des hommages, une fille est toujours flattée de l’obtenir…

— Ainsi, je vous flatte ?… dit le clerc en montrant sa figure illuminée comme l’est une ville pour une fête.

— Vous ?… dit-elle. Vous me témoignez la plus précieuse de toutes les amitiés, un sentiment désintéressé comme celui d’une mère pour sa fille ! ne vous comparez à personne, car mon père lui-même est obligé de se dévouer à moi. ─ Elle fit une pause. ─ Je ne puis pas dire que je vous aime, dans le sens que les hommes donnent à ce mot, mais ce que je vous accorde est éternel, et ne connaîtra jamais de vicissitudes.

— Eh bien, dit Butscha qui feignit de ramasser un caillou pour baiser le bout des souliers de Modeste en y laissant une larme, permettez-moi donc de veiller sur vous, comme un dragon veille sur un trésor. Le poëte vous a déployé tout à l’heure la dentelle de ses précieuses phrases, le clinquant des promesses. Il a chanté son amour sur la plus belle corde de sa lyre, n’est-ce pas ?… Si dès que ce noble amant aura la certitude de votre peu de fortune, vous le voyez