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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/291

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agréable, et d’ailleurs elle a raison ! Canalis est charmant, il a de l’esprit dans son silence, de la passion dans les yeux, de la poésie dans ses amplifications…

— Est-ce un honnête homme ? demanda Butscha.

— Oh ! oui, répondit La Brière. Il est loyal, chevaleresque, et capable de perdre, soumis à l’influence d’une Modeste, les petits travers que lui a donnés madame de Chaulieu…

— Vous êtes un brave garçon, dit le petit bossu. Mais est-il capable d’aimer, et l’aimera-t-il ?

— Je ne sais pas, répondit La Brière. A-t-elle parlé de moi ? demanda-t-il après un moment de silence.

— Oui, dit Butscha qui redit à La Brière le mot échappé à Modeste sur les déguisements.

Le Référendaire alla se jeter sur un banc, et s’y cacha la tête dans ses mains ; il ne pouvait retenir ses larmes et ne voulait pas les laisser voir à Butscha ; mais le nain était homme à les deviner.

— Qu’avez-vous, monsieur ? demanda Butscha.

— Elle a raison !… dit La Brière en se relevant brusquement, je suis un misérable.

Il raconta la tromperie à laquelle l’avait convié Canalis ; mais en faisant observer à Butscha qu’il avait voulu détromper Modeste avant qu’elle ne se fût démasquée, et il se répandit en apostrophes assez enfantines sur le malheur de sa destinée. Butscha reconnut sympathiquement l’amour dans sa vigoureuse et sapide naïveté, dans ses vraies, dans ses profondes anxiétés.

— Mais pourquoi, dit-il au Référendaire, ne vous développez-vous pas devant mademoiselle Modeste, et laissez-vous votre rival faire ses exercices…

— Ah ! vous n’avez donc pas senti, lui dit La Brière, votre gorge se serrer dès qu’il s’agit de lui parler… Vous ne sentez donc rien dans la racine de vos cheveux, rien à la surface de la peau, quand elle vous regarde, ne fût-ce que d’un œil distrait…

— Mais vous avez eu assez de jugement pour être d’une tristesse morne quand elle a, en quelque sorte, dit à son digne père : ─ Vous êtes une ganache.

— Monsieur, je l’aime trop pour ne pas avoir senti comme la lame d’un poignard entrer dans mon cœur, en l’entendant ainsi donner un démenti aux perfections que je lui trouve.

— Canalis, lui, l’a justifiée, répondit Butscha.