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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/248

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langue y condamne l’esprit ; elle est la Raison du monde ! l’Angleterre et l’Allemagne sont romanesques en ce point de leurs mœurs ; et, encore, les grandes familles y suivent-elles nos lois. Vous ne voudrez donc jamais penser que vos parents, à qui la vie est bien connue, ont la charge de vos âmes et de votre bonheur, qu’ils doivent vous faire éviter les écueils du monde !… Mon Dieu ! dit-il, est-ce leur faute, est-ce la nôtre ? Doit-on tenir ses enfants sous un joug de fer ? Devons-nous être punis de cette tendresse qui nous les fait rendre heureux, qui les met malheureusement à même notre cœur ?…

Modeste observa son père du coin de l’œil, en entendant cette espèce d’invocation dite avec des larmes dans la voix.

— Est-ce une faute, à une fille libre de son cœur, de se choisir pour mari, non seulement un charmant garçon, mais encore un homme de génie, noble, et dans une belle position ?… Un gentilhomme doux comme moi, dit-elle.

— Tu l’aimes ?… demanda le père.

— Tenez, mon père, dit-elle en posant sa tête sur le sein du colonel, si vous ne voulez pas me voir mourir…

— Assez, dit le vieux soldat, ta passion est, je le vois, inébranlable !

— Inébranlable.

— Rien ne peut te faire changer ?…

— Rien au monde !

— Tu ne supposes aucun événement, aucune trahison, reprit le vieux soldat, tu l’aimes quand même, à cause de son charme personnel, et ce serait un d’Estourny, tu l’aimerais encore ?…

— Oh ! mon père… vous ne connaissez pas votre fille. Pourrais-je aimer un lâche, un homme sans foi, sans honneur, un gibier de potence ?…

— Et si tu avais été trompée ?…

— Par ce charmant et candide garçon, presque mélancolique ?… Vous riez, ou vous ne l’avez pas vu.

— Enfin, fort heureusement ton amour n’est plus absolu, comme tu le disais. Je te fais apercevoir des circonstances qui modifieraient ton poëme… Eh bien ! comprends-tu que les pères soient bons à quelque chose…

— Vous voulez donner une leçon à votre enfant, papa. Ceci tourne au Berquin…