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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/196

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vreuse impatience, moi j’ai eu dans le cœur la fraîcheur d’un de ces célestes réveils où j’aimais l’air, la nature, et me sentais destinée à mourir pour un être aimé. Une de vos poésies, le Chant d’une jeune fille, peint ces moments délicieux où l’allégresse est douce, où la prière est un besoin, et c’est mon morceau favori. Voulez-vous que je vous dise toutes mes flatteries en une seule : je vous crois digne d’être moi !…

» Votre lettre, quoique courte, m’a permis de lire en vous. Oui, j’ai deviné vos mouvements tumultueux, votre curiosité piquée, vos projets, tous les fagots apportés (par qui ?) pour les bûchers du cœur. Mais je n’en sais pas encore assez sur vous pour satisfaire à votre demande. Écoutez, cher, le mystère me permet cet abandon qui laisse voir le fond de l’âme. Une fois vue, adieu notre mutuelle connaissance. Voulez-vous un pacte ? Le premier conclu vous fut-il désavantageux ? vous y avez gagné mon estime. Et c’est beaucoup, mon ami, qu’une admiration qui se double de l’estime. Écrivez-moi d’abord votre vie en peu de mots ; puis racontez-moi votre existence à Paris, au jour le jour, sans aucun déguisement, et comme si vous causiez avec une vieille amie : eh bien ! après, je ferai faire un pas à notre amitié. Je vous verrai, mon ami, je vous le promets. Et c’est beaucoup… Tout ceci, cher, n’est ni une intrigue, ni une aventure, je vous en préviens, il ne peut en résulter aucune espèce de galanterie, ainsi que vous dites entre hommes. Il s’agit de ma vie, et ce qui me cause parfois d’affreux remords sur les pensées que je laisse envoler par troupes vers vous, il s’agit de celle d’un père et d’une mère adorés, à qui mon choix doit plaire et qui doivent trouver un vrai fils dans mon ami.

» Jusqu’à quel point vos esprits superbes, à qui Dieu donne les ailes de ses anges sans leur en donner toujours la perfection, peuvent-ils se plier à la famille, à ses petites misères ?… Quel texte médité déjà par moi. Oh ! si j’ai dit, dans mon cœur, avant de venir à vous : « Allons !… » je n’en ai pas moins eu le cœur palpitant dans la course, et je ne me suis dissimulé ni les aridités du chemin, ni les difficultés de l’alpe que j’avais à gravir. J’ai tout embrassé dans de longues méditations. Ne sais-je pas que les hommes éminents comme vous l’êtes ont connu l’amour qu’ils ont inspiré, tout aussi bien que celui qu’ils ont ressenti, qu’ils ont eu plus d’un roman, et que vous surtout, en caressant ces chimères de