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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/171

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de votre enivrante flatterie ? S’il est glorieux d’épouser une grande renommée, on s’aperçoit bientôt qu’un homme supérieur est, en tant qu’homme, semblable aux autres. Il réalise alors d’autant moins les espérances, qu’on attend de lui des prodiges. Il en est alors d’un poëte célèbre comme d’une femme dont la beauté trop vantée fait dire : ─ Je la croyais mieux, à qui l’aperçoit ; elle ne répond plus aux exigences du portrait tracé par la fée à laquelle je dois votre billet, l’Imagination ! Enfin, les qualités de l’esprit ne se développent et ne fleurissent que dans une sphère invisible, la femme du poëte n’en sent plus que les inconvénients, elle voit fabriquer les bijoux au lieu de s’en parer. Si l’éclat d’une position exceptionnelle vous a fascinée, apprenez que les plaisirs en sont bientôt dévorés. On s’irrite de trouver tant d’aspérités dans une situation qui, à distance, paraissait unie, tant de froid sur un sommet brillant ! Puis, comme les femmes ne mettent jamais les pieds dans le monde des difficultés, elles n’apprécient bientôt plus ce qu’elles admiraient, quand elles croient en avoir, à première vue, deviné le maniement.

» Je termine par une dernière considération dans laquelle vous auriez tort de voir une prière déguisée, elle est le conseil d’un ami. L’échange des âmes ne peut s’établir qu’entre gens disposés à ne se rien cacher. Vous montrerez-vous telle que vous êtes à un inconnu ? Je m’arrête aux conséquences de cette idée.

» Trouvez ici, mademoiselle, les hommages que nous devons à toutes les femmes, même à celles qui sont inconnues et masquées. »



Avoir tenu cette lettre entre sa chair et son corset, sous son busc brûlant, pendant toute une journée !… en avoir réservé la lecture pour l’heure où tout dort, minuit, après avoir attendu ce silence solennel dans les anxiétés d’une imagination de feu !… avoir béni le poëte, avoir lu par avance mille lettres, avoir supposé tout, excepté cette goutte d’eau froide tombant sur les plus vaporeuses formes de la fantaisie et les dissolvant comme l’acide prussique dissout la vie !… il y avait de quoi se cacher, quoique seule, ainsi que le fit Modeste, la figure dans ses draps, éteindre la bougie et pleurer…

Ceci se passait dans les premiers jours d’août, Modeste se leva, marcha par sa chambre, et vint ouvrir la croisée. Elle voulait de