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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/12

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quand je leur parle, qui ne soient des figures à mettre sous verre.

» Ma belle-mère nous a solennellement installés dans les appartements précédemment occupés par elle et par feu son mari. Cette scène a été touchante. « — J’ai vécu toute ma vie de femme, heureuse ici, nous a-t-elle dit, que ce vous soit un heureux présage, mes chers enfants. » Et elle a pris la chambre de Calyste. Cette sainte femme semblait vouloir se dépouiller de ses souvenirs et de sa noble vie conjugale pour nous en investir. La province de Bretagne, cette ville, cette famille de mœurs antiques, tout, malgré des ridicules qui n’existent que pour nous autres rieuses Parisiennes, a quelque chose d’inexplicable, de grandiose jusque dans ses minuties qu’on ne peut définir que par le mot sacré. Tous les tenanciers des vastes domaines de la maison du Guénic, rachetés comme vous savez par mademoiselle des Touches que nous devons aller voir à son couvent, sont venus en corps nous saluer. Ces braves gens, en habits de fête, exprimant tous une vive joie de savoir Calyste redevenu réellement leur maître, m’ont fait comprendre la Bretagne, la féodalité, la vieille France. Ce fut une fête que je ne veux pas vous peindre, je vous la raconterai. La base de tous les baux a été proposée par ces gars eux-mêmes, nous les signerons après l’inspection que nous allons passer de nos terres engagées depuis cent cinquante ans !… Mademoiselle de Pen-Hoël nous a dit que les gars avaient accusé les revenus avec une véracité peu croyable à Paris. Nous partirons dans trois jours, et nous irons à cheval. À mon retour, chère mère, je vous écrirai ; mais que pourrai-je vous dire, si déjà mon bonheur est au comble ? Je vous écrirai donc ce que vous savez déjà, c’est-à-dire combien je vous aime. »




II.


de la même à la même.
Nantes, juin.

« Après avoir joué le rôle d’une châtelaine adorée de ses vassaux comme si la révolution de 1830 et celle de 1789 n’avaient jamais abattu de bannières, après des cavalcades dans les bois, des haltes