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Page:Œuvres complètes de H. de Balzac, IV.djvu/108

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plus riche personne du Vendômois. Elle avait aux environs de vingt mille livres de rente. Toute la ville assistait à sa noce. La mariée était mignonne et avenante, un vrai bijou de femme. Ah ! ils ont fait un beau couple dans le temps ! — Ont-ils été heureux en ménage ? — Heu, heu ! oui et non, autant qu’on peut le présumer, car vous pensez bien que, nous autres, nous ne vivions pas à pot et à rôt avec eux ! Madame de Merret était une bonne femme, bien gentille, qui avait peut-être bien à souffrir quelquefois des vivacités de son mari ; mais quoiqu’un peu fier, nous l’aimions. Bah ! c’était son état à lui d’être comme ça ! Quand on est noble, voyez-vous… — Cependant il a bien fallu quelque catastrophe pour que monsieur et madame de Merret se séparassent violemment ? — Je n’ai point dit qu’il y ait eu de catastrophe, monsieur. Je n’en sais rien. — Bien. Je suis sûr maintenant que vous savez tout. — Eh ! bien, monsieur, je vais tout vous dire. En voyant monter chez vous monsieur Regnault, j’ai bien pensé qu’il vous parlerait de madame de Merret, à propos de la Grande Bretèche. Ça m’a donné l’idée de consulter monsieur, qui me paraît un homme de bon conseil et incapable de trahir une pauvre femme comme moi qui n’ai jamais fait de mal à personne, et qui se trouve cependant tourmentée par sa conscience. Jusqu’à présent, je n’ai point osé m’ouvrir aux gens de ce pays-ci, ce sont tous des bavards à langues d’acier. Enfin, monsieur, je n’ai pas encore eu de voyageur qui soit demeuré si longtemps que vous dans mon auberge, et auquel je pusse dire l’histoire des quinze mille francs… — Ma chère dame Lepas ! lui répondis-je en arrêtant le flux de ses paroles, si votre confidence est de nature à me compromettre, pour tout au monde je ne voudrais pas en être chargé. — Ne craignez rien, dit-elle en m’interrompant. Vous allez voir. Cet empressement me fit croire que je n’étais pas le seul à qui ma bonne aubergiste eût communiqué le secret dont je devais être l’unique dépositaire, et j’écoutai. — Monsieur, dit-elle, quand l’Empereur envoya ici des Espagnols prisonniers de guerre ou autres, j’eus à loger, au compte du gouvernement, un jeune Espagnol envoyé à Vendôme sur parole. Malgré la parole, il allait tous les jours se montrer au Sous-Préfet. C’était un Grand d’Espagne ! Excusez du peu ? Il portait un nom en os et en dia, comme Bagos de Férédia. J’ai son nom écrit sur mes registres ; vous pourrez le lire, si vous le voulez. Oh ! c’était un beau jeune homme pour un Espagnol qu’on dit tous laids. Il n’avait guère que cinq pieds deux ou trois pouces, mais il