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sait de toute sa fortune en faveur de celle des deux demoiselles de Grandlieu qui guérirait Calyste de sa passion pour madame de Rochegude.

Pendant le voyage, Félicité mit la baronne au fait de ces arrangements. On meublait alors l’hôtel de la rue de Grenelle, qu’elle destinait à Calyste au cas où ses projets réussiraient. Tous trois descendirent alors à l’hôtel de Grandlieu, où la baronne fut reçue avec toute la distinction que lui méritait son nom de femme et de fille. Mademoiselle des Touches conseilla naturellement à Calyste de voir Paris pendant qu’elle y chercherait à savoir où se trouvait en ce moment Béatrix, et elle le livra aux séductions de toute espèce qui l’y attendaient. La duchesse, ses deux filles et leurs amis firent à Calyste les honneurs de Paris au moment où la saison des fêtes allait commencer. Le mouvement de Paris donna de violentes distractions au jeune Breton. Il trouva dans Sabine de Grandlieu, qui certes était alors la plus belle et la plus charmante fille de la société parisienne, une vague ressemblance avec madame de Rochegude, et il prêta dès lors à ses coquetteries une attention que nulle autre femme n’aurait obtenue de lui. Sabine de Grandlieu joua d’autant mieux son rôle que Calyste lui plut infiniment, et les choses furent si bien menées que, pendant l’hiver de 1837, le jeune baron du Guénic, qui avait repris ses couleurs et sa fleur de jeunesse, entendit sans répugnance sa mère lui rappeler la promesse faite à son père mourant, et parler de son mariage avec Sabine de Grandlieu. Mais, tout en obéissant à sa promesse, il cachait une indifférence secrète que connaissait la baronne, et qu’elle espérait voir se dissiper par les plaisirs d’un heureux ménage.

Le jour où la famille de Grandlieu et la baronne accompagnée en cette circonstance de ses parents venus d’Angleterre, siégeaient dans le grand salon à l’hôtel de Grandlieu, et que Léopold Hannequin, le notaire de la famille, expliquait le contrat avant de le lire, Calyste, sur le front de qui chacun pouvait voir quelques nuages, refusa nettement d’accepter les avantages que lui faisait mademoiselle des Touches ; il comptait encore sur le dévouement de Félicité qu’il croyait à la recherche de Béatrix.

En ce moment, et au milieu de la stupéfaction des deux familles, Sabine entra, vêtue de manière à rappeler la marquise de Rochegude, et remit la lettre suivante à Calyste.