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— Mais il lui servira peut-être à courir après sa marquise, répondit le chevalier. Allons, Calyste !

Calyste se dressa sur son séant et s’écria joyeusement : En route !

— Il vivra donc, dit le baron d’une voix douloureuse, je puis mourir. Allez chercher le curé.

Ce mot répandit l’épouvante. Calyste, en voyant pâlir son père atteint par les émotions cruelles de cette scène, ne put retenir ses larmes. Le curé, qui savait l’arrêt porté par les médecins, était allé chercher mademoiselle des Touches, car autant il avait eu de répugnance pour elle, autant il manifestait en ce moment d’admiration, et il la défendait comme un pasteur doit défendre une de ses ouailles préférées.

À la nouvelle de l’état désespéré dans lequel était le baron, il y eut une foule dans la ruelle : les paysans, les paludiers et les gens de Guérande s’agenouillèrent dans la cour pendant que l’abbé Grimont administrait le vieux guerrier breton. Toute la ville était émue de savoir le père mourant auprès de son fils malade. On regardait comme une calamité publique l’extinction de cette antique race bretonne. Cette cérémonie frappa Calyste. Sa douleur fit taire pendant un moment son amour ; il demeura, durant l’agonie de l’héroïque défenseur de la monarchie, agenouillé, regardant les progrès de la mort et pleurant. Le vieillard expira dans son fauteuil, en présence de toute la famille assemblée.

— Je meurs fidèle au roi et à la religion. Mon Dieu, pour prix de mes efforts, faites que Calyste vive ! dit-il.

— Je vivrai, mon père, et je vous obéirai, répondit le jeune homme.

— Si tu veux me rendre la mort aussi douce que Fanny m’a fait ma vie, jure-moi de te marier.

— Je vous le promets, mon père.

Ce fut un touchant spectacle que de voir Calyste, ou plutôt son apparence, appuyé sur le vieux chevalier du Halga, un spectre conduisant une ombre, suivant le cercueil du baron et menant le deuil. L’église et la petite place qui se trouve devant le portail furent pleines de gens accourus de plus de dix lieues à la ronde.

La baronne et Zéphirine furent plongées dans une vive douleur en voyant que, malgré ses efforts pour obéir à son père, Calyste restait dans une stupeur de funeste augure. Le jour où la famille prit le deuil, la baronne avait conduit son fils sur le banc au fond