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répondit le chevalier dont la figure laissa échapper un sourire ; mais il vaut mieux la remettre soi-même.

— Des louis ! s’écria la baronne.

Calyste rentra, prit son chapeau ; puis il courut aux Touches, et y produisit comme une apparition dans le petit salon où il entendait les voix de Béatrix et de Camille. Toutes les deux étaient sur le divan et paraissaient être en parfaite intelligence. Calyste, avec cette soudaineté d’esprit que donne l’amour, se jeta très étourdiment sur le divan à côté de la marquise en lui prenant la main et y mettant sa lettre, sans que Félicité, quelque attentive qu’elle fût, pût s’en apercevoir. Le cœur de Calyste fut chatouillé par une émotion aiguë et douce tout à la fois en se sentant presser la main par celle de Béatrix, qui, sans interrompre sa phrase ni paraître décontenancée, glissait la lettre dans son gant.

— Vous vous jetez sur les femmes comme sur des divans, dit-elle en riant.

— Il n’en est cependant pas à la doctrine des Turcs, répliqua Félicité, qui ne put se refuser cette épigramme.

Calyste se leva, prit la main de Camille et la lui baisa ; puis il alla au piano, en fit résonner toutes les notes d’un coup en passant le doigt dessus. Cette vivacité de joie occupa Camille, qui lui dit de venir lui parler.

— Qu’avez-vous ? lui demanda-t-elle à l’oreille.

— Rien, répondit-il.

— Il y a quelque chose entre eux, se dit mademoiselle des Touches.

La marquise fut impénétrable. Camille essaya de faire causer Calyste en espérant qu’il se trahirait ; mais l’enfant prétexta l’inquiétude où serait sa mère, et quitta les Touches à onze heures, non sans avoir essuyé le feu d’un regard perçant de Camille, à qui cette phrase était dite pour la première fois.

Après les agitations d’une nuit pleine de Béatrix, après être allé pendant la matinée vingt fois dans Guérande au-devant de la réponse qui ne venait pas, la femme de chambre de la marquise entra dans l’hôtel du Guénic, et remit à Calyste cette réponse, qu’il alla lire au fond du jardin sous la tonnelle.