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sommes capables de tout pour le bonheur du pays et pour le nôtre. Les questions personnelles en fait de roi sont aujourd’hui des sottises sentimentales, il faut en déblayer la politique. Sous ce rapport, les Anglais avec leur façon de doge sont plus avancés que nous ne le sommes. La politique n’est plus là, mon cher. Elle est dans l’impulsion à donner à la nation en créant une oligarchie où demeure une pensée fixe de gouvernement et qui dirige les affaires publiques dans une voie droite, au lieu de laisser tirailler le pays en mille sens différents, comme nous l’avons été depuis quarante ans dans cette belle France, si intelligente et si niaise, si folle et si sage, à laquelle il faudrait un système plutôt que des hommes. Que sont les personnes dans cette belle question ? Si le but est grand, si elle vit plus heureuse et sans troubles, qu’importe à la masse les profits de notre gérance, notre fortune, nos priviléges et nos plaisirs ? Je suis maintenant carré par ma base. J’ai aujourd’hui cent cinquante mille livres de rente dans le trois pour cent, et une réserve de deux cent mille francs pour parer à des pertes. Ceci me semble encore peu de chose dans la poche d’un homme qui part du pied gauche pour escalader le pouvoir. Un événement heureux a décidé mon entrée dans cette carrière qui me souriait peu ; car tu sais combien j’aime la vie orientale. Après trente-cinq ans de sommeil, ma très-honorée mère s’est réveillée en se souvenant qu’elle avait un fils qui lui faisait honneur. Souvent, quand on arrache un plant de vignes, à quelques années de là certains ceps reparaissent à fleur de terre ; eh ! bien, mon cher, quoique ma mère m’eût presque arraché de son cœur, j’ai repoussé dans sa tête. À cinquante-huit ans, elle se trouve assez vieillie pour ne plus pouvoir penser à un autre homme qu’à son fils. En ces circonstances, elle a rencontré, dans je ne sais quelle bouilloire d’eau thermale, une délicieuse vieille fille anglaise, riche de deux cent quarante mille livres de rente, à laquelle, en bonne mère, elle a inspiré l’audacieuse ambition de devenir ma femme. Une fille de trente-six ans, ma foi ! élevée dans les meilleurs principes puritains, une vraie couveuse qui soutient que les femmes adultères devraient être brûlées publiquement. — Où prendrait-on du bois ? lui ai-je dit. Je l’aurais bien envoyée à tous les diables, attendu que deux cent quarante mille livres de rente ne sont pas l’équivalent de ma liberté, de ma valeur physique ou morale ni de mon avenir. Mais elle est seule et unique héritière d’un vieux podagre, quelque brasseur de Londres qui, dans un