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Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 4.djvu/528

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prélever, à mon profit, seulement un pauvre petit centime sur chaque famille française. — Si la législature accueille ma demande, on pourra, si l’on veut, ne voir là qu’un fait isolé de spoliation légale, qui ne mérite pas encore le nom de Communisme. Mais si tous les Français, les uns après les autres, viennent faire la même supplique, et si la législature les examine dans le but avoué de réaliser l’égalité des fortunes, c’est dans ce principe, suivi d’effets, que je vois et que vous ne pouvez vous empêcher de voir le Communisme.

Que pour réaliser sa pensée la législature se serve du douanier ou du percepteur, de la contribution directe ou de l’impôt indirect, de la restriction ou de la prime, peu importe. Se croit-elle autorisée à prendre et à donner sans compensation ? Croit-elle que sa mission est d’équilibrer les profits ? Agit-elle en conséquence de cette croyance ? Le gros du public approuve-t-il, provoque-t-il cette façon d’agir ? En ce cas, je dis que nous sommes sur la pente du Communisme, soit que nous en ayons ou non la conscience.

Et si l’on me dit : L’État n’agit point ainsi en faveur de tout le monde, mais seulement en faveur de quelques classes, je répondrai : Alors il a trouvé le moyen d’empirer le communisme lui-même.

Je sens, Monsieur, qu’on peut jeter du doute sur ces déductions, à l’aide d’une confusion fort facile. On me citera des faits administratifs très-légitimes, des cas où l’intervention de l’État est aussi équitable qu’utile ; puis, établissant une apparente analogie entre ces cas et ceux contre lesquels je me récrie, on me mettra dans mon tort, on me dira : Ou vous ne devez pas voir le Communisme dans la Protection, ou vous devez le voir dans toute action gouvernementale.

C’est un piége dans lequel je ne veux pas tomber. C’est pourquoi je suis obligé de rechercher quelle est la circon-