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travail, et je vous abandonne le Droit de propriété. » M. Proudhon ne cachait pas qu’à ses yeux ces deux Droits sont incompatibles.

Si la Propriété est incompatible avec le Droit au travail, et si le Droit au travail est fondé sur le même principe que la Protection, qu’en devrons-nous conclure, sinon que la Protection est elle-même incompatible avec la Propriété ? En géométrie on regarde comme une vérité incontestable que deux choses égales à une troisième sont égales entre elles.

Or, il est arrivé qu’un orateur éminent, M. Billault, a cru devoir soutenir à la tribune le Droit au travail. Cela n’était pas facile en présence de l’aveu échappé à M. Proudhon. M. Billault comprenait fort bien que faire intervenir l’État pour pondérer les fortunes et niveler les situations, c’est se mettre sur la pente du Communisme ; et qu’a-t-il dit pour déterminer l’Assemblée nationale à violer la propriété et son principe ? Il vous a dit tout simplement que ce qu’il vous demandait de faire vous le faisiez déjà par vos tarifs. Sa prétention ne va pas au delà d’une application un peu plus large de doctrines par vous admises et appliquées. Voici ses paroles :


Portez vos regards sur nos tarifs de douane ; par leurs prohibitions, leurs taxes différentielles, leurs primes, leurs combinaisons de tous genres, c’est la société qui aide, qui soutient, qui retarde ou avance toutes les combinaisons du travail national (très-bien) ; elle ne tient pas seulement la balance entre le travail français, qu’elle protége, et le travail étranger, mais, sur le sol de la patrie, les diverses industries la voient encore, et sans cesse, intervenir entre elles. Entendez devant son tribunal les réclamations perpétuelles des unes contre les autres ; voyez, par exemple, les industries qui emploient le fer se plaignant de la protection accordée au fer français contre le fer étranger ; celles qui emploient le lin ou le coton filés protestant contre la protection accordée au fil français, contre l’exclusion du fil étranger, et ainsi des autres. La société (il fallait dire le gouvernement) se trouve donc forcément mêlée à toutes les luttes, à tous les embarras du travail ; elle y intervient activement tous les jours, directement, indirectement, et la première fois que vous aurez des questions de douane, vous le