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de l’enseignement classique, ce à quoi, d’ailleurs, il ne sera nullement obligé.

Il serait plaisant que le communisme platonicien, le paganisme, les idées et les mœurs façonnées par l’esclavage et le brigandage, les odes d’Horace, les métamorphoses d’Ovide, trouvassent leurs derniers défenseurs et professeurs dans les prêtres de France ! Il ne m’appartient pas de leur donner des avis. Mais ils me permettront bien de citer ici l’extrait d’un journal qui, si je ne me trompe, est rédigé par des ecclésiastiques :


Quels sont donc, parmi les docteurs de l’Église, les apologistes de l’enseignement païen ? Est-ce saint Clément, qui a écrit que la science profane est semblable aux fruits et aux confitures qu’on ne doit servir qu’à la fin du repas? Est-ce Origène, qui a écrit que, dans les coupes dorées de la poésie païenne, il y a des poisons mortels ? Est-ce Tertullien qui appelle les philosophes païens les patriarches des hérétiques : Patriarchæ hæreticorum ? Est-ce saint Irénée, qui déclare que Platon a été l’assaisonnement de toutes les hérésies? Est-ce Lactance, qui constatait que de son temps les hommes lettrés étaient ceux qui avaient le moins de foi? Est-ce saint Ambroise disant qu’il est très-dangereux pour les chrétiens de s’occuper de l’éloquence profane? Est-ce saint Jérôme enfin, qui, dans sa lettre à Eustochie, condamnant avec énergie l’étude des païens, disait : Qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres ? Quel accord peut-il exister entre le Christ et Bélial ? Qu’a affaire Horace avec le Psautier, Virgile avec l’Évangile ?… Saint Jérôme qui regrette si cruellement le temps qu’il a consacré dans sa jeunesse à l’étude des lettres païennes : « Malheureux que j’étais, je me privais de nourriture pour ne pas quitter Cicéron ; dès le grand matin, j’avais Plaute dans les mains. Si quelquefois, rentrant en moi-même, je commençais la lecture des prophètes, leur style me paraissait inculte, et, parce que j’étais aveugle, je niais la lumière. »


Mais écoutons parler saint Augustin :


« Les études par lesquelles je suis parvenu à lire les écrits des autres et à écrire ce que je pense étaient pourtant bien plus utiles et bien plus solides que celles auxquelles on me força depuis de m’adonner, qui concernaient les aventures de je ne sais quel Énée, et qui me faisaient pleurer sur le sort de Didon, mourant d’amour, tandis qu’oubliant mes