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périence que rien ne pervertit plus les hommes que l’influence illimitée. Il arrive donc un temps où, loin que le sacerdoce persiste à n’être que l’instrument de la religion, c’est la religion qui devient l’instrument du sacerdoce. Dès ce moment un antagonisme fatal s’introduit dans le monde. La Foi et l’Intelligence, chacune de leur côté, tirent tout à elles. Le prêtre ne cesse d’ajouter, à des vérités sacrées, des erreurs qu’il proclame non moins sacrées, offrant ainsi à l’opposition du laïque des motifs de plus en plus solides, des arguments de plus en plus sérieux. L’un cherche à faire passer le faux avec le vrai. L’autre ébranle le vrai avec le faux. La religion devient superstition, et la philosophie incrédulité. Entre ces deux extrêmes, la masse flotte dans le doute, et on peut dire que l’humanité traverse une époque critique. Cependant l’abîme se creuse toujours plus profond, et la lutte se poursuit non-seulement d’homme à homme, mais encore dans la conscience de chaque homme, avec des chances diverses. Une commotion politique vient-elle épouvanter la société, elle se jette, par peur, du côté de la foi ; une sorte de religiosité hypocrite prend le dessus, et le prêtre se croit vainqueur. Mais le calme n’a pas plutôt reparu, le prêtre n’a pas plutôt essayé de mettre à profit la victoire, que l’intelligence reprend ses droits et recommence son œuvre. Quand donc cessera cette anarchie ? quand est-ce que se scellera l’alliance entre l’intelligence et la foi ? — Quand la foi ne sera plus une arme ; quand le sacerdoce, redevenu ce qu’il doit être, l’instrument de la religion, abandonnera les formes qui l’intéressent, pour le fond qui intéresse l’humanité. Alors ce ne sera pas assez de dire que la religion et la philosophie sont sœurs, il faudra dire qu’elles se confondent dans l’Unité.

Mais je descends de ces régions élevées, et, revenant aux grades universitaires, je me demande si le clergé éprouvera une grande répugnance à abandonner les voies routinières