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Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 4.djvu/489

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plaisir, toute la jeunesse française aux utopies socialistes, aux expérimentations sociales. Et c’est là sans doute la raison d’un phénomène fort étrange, je veux parier de l’impuissance que manifestent à réfuter le socialisme ceux-là mêmes qui s’en croient menacés. Hommes de la bourgeoisie, propriétaires, capitalistes, les systèmes de Saint-Simon, de Fourier, de Louis Blanc, de Leroux, de Proudhon ne sont, après tout, que des doctrines. Elles sont fausses, dites-vous. Pourquoi ne les réfutez-vous pas ? Parce que vous avez bu à la même coupe : parce que la fréquentation des anciens, parce que votre engouement de convention pour tout ce qui est Grec ou Romain vous ont inoculé le socialisme.


Vous en êtes un peu dans votre âme entiché.


Votre nivellement des fortunes par l’action des tarifs, votre loi d’assistance, vos appels à l’instruction gratuite, vos primes d’encouragement, votre centralisation, votre foi dans l’État, votre littérature, votre théâtre, tout atteste que vous êtes socialistes. Vous différez des apôtres par le degré, mais vous êtes sur la même pente. Voilà pourquoi, quand vous vous sentez distancés, au lieu de réfuter, — ce que vous ne savez pas faire, et ce que vous ne pourriez faire sans vous condamner vous-mêmes, — vous vous tordez les bras, vous vous arrachez les cheveux, vous en appelez à la compression, et vous dites piteusement : La France s’en va !

Non, la France ne s’en va pas. Car voici ce qui arrive : pendant que vous vous livrez à vos stériles lamentations, les socialistes se réfutent eux-mêmes. Ses docteurs sont en guerre ouverte. Le phalanstère y est resté ; la triade y est restée, l’atelier national y est resté ; votre nivellement des conditions par la Loi y restera. Qu’y a-t-il encore debout ? Le crédit gratuit. Que n’en démontrez-vous l’absurdité ?