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Page:Œuvres complètes de Frédéric Bastiat, Guillaumin, 4.djvu/485

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et chacun veut être potier. On pense bien que Saint-Just s’attribuait le beau rôle :


« Le jour où je me serai convaincu qu’il est impossible de donner aux Français des mœurs douces, sensibles et inexorables pour la tyrannie et l’injustice, je me poignarderai.

S’il y avait des mœurs, tout irait bien ; il faut des institutions pour les épurer. Pour réformer les mœurs, il faut commencer par contenter le besoin et l’intérêt. Il faut donner quelques terres à tout le monde.

Les enfants sont vêtus de toile en toute saison. Ils couchent sur des nattes et dorment huit heures. Ils sont nourris en commun, et ne vivent que de racines, de fruits, de légumes, de pain et d’eau. Ils ne peuvent goûter de chair qu’après l’âge de seize ans.

Les hommes âgés de vingt-cinq ans seront tenus de déclarer tous les ans, dans le temple, les noms de leurs amis. Celui qui abandonne son ami sans raison suffisante sera banni ! »


Ainsi Saint-Just, à l’imitation de Lycurgue, Platon, Fénelon, Rousseau, s’attribue à lui-même sur les mœurs, les sentiments, les richesses et les enfants des Français, plus de droits et de puissance que n’en ont tous les Français ensemble. Que l’humanité est petite auprès de lui ! ou plutôt elle ne vit qu’en lui. Son cerveau est le cerveau, son cœur est le cœur de l’humanité.

Voilà donc la marche imprimée à la révolution par le conventionalisme greco-latin. Platon a marqué l’idéal. Prêtres et laïques, au dix-septième et au-dix-huitième siècle, se mettent à célébrer cette merveille. Vient l’heure de l’action : Mirabeau descend le premier degré, Robespierre le second, Saint-Just le troisième, Antonelle le quatrième, et Babeuf, plus logique que tous ses prédécesseurs, se dresse au dernier, au communisme absolu, au platonisme pur. Je devrais citer ici ses écrits ; je me bornerai à dire, car ceci est caractéristique, qu’il les signait Caius Gracchus.

L’esprit de la révolution, au point de vue qui nous occupe, se montre tout entier dans quelques citations. Que voulait Robespierre ? « Élever les âmes à la hauteur des