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en mesure de prouver que le droit de propriété est essentiellement démocratique, et que tout ce qui le nie ou le viole est fondamentalement aristocratique et anarchique.

J’ai hésité à demander place dans un journal pour une dissertation d’économie sociale. Voici ce qui peut justifier cette tentative :

D’abord, la gravité et l’actualité du sujet.

Ensuite, MM. Louis Blanc, Considérant, Proudhon ne sont pas seulement publicistes ; ils sont aussi chefs d’écoles ; ils ont derrière eux de nombreux et ardents sectateurs, comme le témoigne leur présence à l’assemblée nationale. Leurs doctrines exercent dès aujourd’hui une influence considérable, — selon moi, funeste dans le monde des affaires, — et, ce qui ne laisse pas d’être grave, elles peuvent s’étayer de concessions échappées à l’orthodoxie des maîtres de la science.

Enfin, pourquoi ne l’avouerais-je pas ? quelque chose, au fond de ma conscience, me dit qu’au milieu de cette controverse brûlante, il me sera peut-être donné de jeter un de ces rayons inattendus de clarté qui illuminent le terrain où s’opère quelquefois la réconciliation des écoles les plus divergentes.

C’en est assez, j’espère, pour que ces lettres trouvent grâce auprès des lecteurs.

Je dois établir d’abord le reproche qu’on adresse à la Propriété.

Voici en résumé comment M. Considérant s’en explique. Je ne crois pas altérer sa théorie, en l’abrégeant[1].

« Tout homme possède légitimement la chose que son activité a créée. Il peut la consommer, la donner, l’échanger, la transmettre, sans que personne, ni même la société tout entière, ait rien à y voir.

  1. Voir le petit volume publié par M. Considérant sous ce titre : Théorie du Droit de propriété et du Droit au travail.