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pable d’un des plus grands crimes, engager un enfant[1] de son âge et de son innocence et même de sa piété à la plus périlleuse et la plus basse des conditions du christianisme. Qu’à la vérité suivant le monde l’affaire n’avoit nulle difficulté et qu’elle étoit à conclure sans hésiter ; mais que selon Dieu, elle en avoit moins de difficulté et qu’elle étoit à rejeter sans hésiter, parce que la condition d’un mariage avantageux est aussi souhaitable suivant le monde, qu’elle est vile et préjudiciable selon Dieu. Que ne sachant à quoi elle devoit être appelée, ni si son tempérament ne sera pas si tranquillisé qu’elle puisse supporter avec piété sa virginité, c’étoit bien peu en connoître le prix que de l’engager à perdre ce bien si souhaitable pour chaque personne à soi-même et si souhaitable aux pères et aux mères pour leurs enfans, parce qu’ils ne le peuvent plus désirer pour eux ; que c’est en eux qu’ils doivent essayer de rendre à Dieu ce qu’ils ont perdu d’ordinaire pour d’autres causes que pour Dieu.

De plus que les maris, quoique riches et sages suivant le monde, sont en vérité de francs païens devant Dieu ; de sorte que les dernières paroles de ces messieurs sont que d’engager une enfant à un homme du commun, c’est une espèce d’homicide et comme un déicide en leurs personnes.



VIII. A la marquise de Sablé.


Décembre 1660.

Encore que je sois bien embarrassé, je ne puis différer à vous rendre mille grâces de m’avoir procuré la connoissance de M. Menjot, Car c’est à vous sans doute, madame, que je la dois. Et comme je l’estimois déjà beaucoup par les choses que ma sœur m’en avoit dites, je ne puis vous dire avec combien de joie j’ai reçu la grâce qu’il m’a voulu faire. Il ne faut que lire son épître pour voir combien il a d’esprit et de jugement ; et quoique je ne sois pas capable d’entendre le fond des matières qu’il traite dans son livre, je vous dirai néanmoins, madame, que j’y ai beaucoup appris par la manière dont il accorde en peu de mots l’immatérialité de l’âme avec le pouvoir qu’a la matière d’altérer ses fonctions et de causer le délire. J’ai bien de l’impatience d’avoir l’honneur de vous en entretenir.


IX. Fragment d’une lettre à M. Périer[2].


1661.

Vous me faites plaisir de me mander tout le détail de vos frondes, et principalement puisque vous y êtes intéressés. Car je m’imagine que vous n’imitez pas nos frondeurs de ce pays-ci qui usent si mal, au moins en ce qui me paroît, de l’avantage que Dieu leur offre de souffrir,


    voulut que cette affaire fût communiquée à ces deux autres messieurs, comme il le dit dans le commencement de cette lettre. (Note du P. Guerrier.)

  1. Mlle Jacqueline Périer, pour lors âgée de quinze ans. (Id.)
  2. Je transcris cette lettre sur l’original écrit de la main de M. Pascal. Le dernier feuillet est perdu. Il y a trois mots que je n’ai pu déchiffrer, et j’ai eu bien de la peine à lire les autres. (Id.)