Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol2.djvu/120

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


il faut que la même gràce qui peut seule en donner la première intelligence. la continue et la rende toujours présente en la retraçant sans cesse dans le cœur des fidèles pour la faire toujours vivre ; comme dans les bienheureux Dieu renouvelle continuellement leur béatitude, qui est un effet et une suite de sa grâce, comme aussi l’Eglise tient que le Père produit continuellement le fils et maintient l’éternité de son essence pour une effusion de sa substance qui est sans interruption aussi bien que sa fin.

Ainsi la continuation de la justice des fidèles n’est autre chose que la continuation de l’infusion de la gràce, et non pas une seule grâce qui subsiste toujours ; et c’est ce qui nous apprend parfaitement la dépendance perpétuelle où nous sommes de la miséricorde de Dieu, puisque, s’il en interrompt tant soit peu le cours, la sécheresse survient nécessairement. Dans cette nécessité, il est aisé de voir qu’il faut continuellement faire de nouveaux efforts pour acquérir cette nouveauté continuelle d’esprit, puisqu’on ne peut conserver la grâce ancienne que par l’acquisition d’une nouvelle grâce, et qu’autrement on perdra celle qu’on pensera retenir, comme ceux qui, voulant renfermer la lumière, n’enferment que des ténèbres. Ainsi, nous devons veiller à purifier sans cesse l’intérieur, qui se salit toujours de nouvelles taches en retenant aussi les anciennes, puisque sans le renouvellement assidu on n’est pas capable de recevoir ce vin nouveau qui ne sera point mis en vieux vaisseaux.

C’est pourquoi tu ne dois pas craindre de nous remettre devant les yeux les choses que nous avons dans la mémoire, et qu’il faut faire rentrer dans le cœur, puisqu’il est sans doute que ton discours en peut mieux servir d’instrument à la grâce que non pas l’idée qui nous en reste en la mémoire, puisque la gràce est particulièrement accordée à la prière, et que cette charité que tu as eue pour nous est une prière du nombre de celles qu’on ne doit jamais interrompre. C’est ainsi qu’on ne doit jamais refuser de lire ni d’ouïr les choses saintes, si communes et si connues qu’elles soient ; car notre mémoire, aussi bien que les instructions qu’elle retient, n’est qu’un corps inanimé et judaîque sans l’esprit qui doit les vivifier. Et il arrive très-souvent que Dieu se sert de ces moyens extérieurs pour les faire comprendre et pour laisser d’autant moins de matière à la vanité des hommes lorsqu’ils reçoivent ainsi la gràce en eux-mêmes. C’est ainsi qu’un livre et un sermon, si communs qu’ils soient, apportent bien plus de fruit à celui qui s’y applique avec plus de disposition, que non pas l’excellence des discours plus relevés qui apportent d’ordinaire plus de plaisir que d’instruction ; et l’on voit quelquefois que ceux qui les écoutent comme il faut, quoique ignorans et presque stupides, sont touchés au seul nom de Dieu et par les seules paroles qui les menacent de l’enfer, quoique ce soit tout ce qu’ils y comprennent et qu’ils le sussent aussi bien auparavant.

Le troisième est sur ce que tu dis que tu n’écris ces choses que pour nous faire entendre que tu es dans ce sentiment. Nous avons à te louer et à te remercier également sur ce sujet : nous te louons de ta persévérance et te remercions du témoignage que tu nous en donnes. Nous avions déjà tiré cet aveu de M. Périer, et les choses que nous lui en avions fait dire nous en avoient assurés : nous ne pouvons te dire com-