Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol2.djvu/114

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



II. A Mme Périer.


De Rouen, ce samedi dernier janvier 1643.
Ma chère sœur,

Je ne doute pas que vous n’ayez été bien en peine du long temps qu’il y a que vous n’avez reçu de nouvelles de ces quartiers ici. Mais je crois que vous vous serez bien doutée que le voyage des élus en a été la cause, comme en effet. Sans cela, je n’aurois pas manqué de vous écrire plus souvent. J’ai à te dire que MM. les commissaires étant à Gisors, mon père me fit aller faire un tour à Paris où je trouvai une lettre que tu m’écrivois, où tu me mandes que tu t’étonnes de ce que je te reproche que tu n’écris pas assez souvent, et où tu me dis que tu écris à Rouen toutes les semaines une fois. Il est bien assuré, si cela est, que tes lettres se perdent, car je n’en reçois pas toutes les trois semaines une. Étant retournés à Rouen, j’y ai trouvé une lettre de M. Périer, qui mande que tu es malade. Il ne mande point si ton mal est dangereux, ni si tu te portes mieux, et il s’est passé un ordinaire depuis sans avoir reçu de lettre, tellement que nous en sommes en une peine dont je te prie de nous tirer au plus tôt ; mais je crois que la prière que je fais ici sera inutile, car, avant que tu aies reçu cette lettre ici, j’espère que nous aurons reçu des lettres de toi ou de M. Périer. Le département s’achève, Dieu merci. Si je savois quelque chose de nouveau, je te le ferois savoir. Je suis, ma chère sœur…

Ici ce post-scriptum de la main d’Étienne Pascal, le père : Ma bonne fille m’excusera si je ne lui écris comme je le désirerois, n’y ayant aucun loisir. Car je n’ai jamais été dans l’embarras à la dixième partie de ce que j’y suis à présent. Je ne saurois l’être davantage à moins d’en avoir trop ; il y a quatre mois que je [ne] me suis pas couché six fois devant deux heures après minuit.

Je vous avois commencé dernièrement une lettre de raillerie sur le sujet de la vôtre dernière, touchant le mariage de M. Desjeux, mais je n’ai jamais eu le loisir de l’achever. Pour nouvelles, la fille de M. de Paris, maître des comptes, mariée à M. de Neufville, aussi maître des comptes, est décédée, comme aussi la fille de Belair, mariée au petit Lambert. Votre petit a couché céans cette nuit. Il se porte Dieu grâces très-bien. Je suis toujours

Votre bon et excellent ami,
Pascal.
Votre très-humble et très-affectionné serviteur et frère,
Pascal.


III. A sa sœur Jacqueline.


Ce 26 janvier 1648.
Ma chère sœur,

Nous avons reçu tes lettres. J’avois dessein de te faire réponse sur la première que tu m’écrivis il y a plus de quatre mois ; mais mon indisposition et quelques autres affaires m’empêchèrent de l’achever. Depuis ce temps-là, je n’ai pas été en état de t’écrire, soit à cause de mon mal, soit manque de loisir ou pour quelque autre raison. J’ai peu d’heures