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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol2.djvu/108

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dire en un sens orthodoxe qu’il est en leur pouvoir de les accomplir, ce que, s’ils le vouloient, ils le feroient, sont néanmoins en tel état qu’on dit aussi, en un sens catholique et orthodoxe, qu’il n’est pas leur pouvoir de le faire, si la privation de la grâce les met hors d’état de le vouloir.


Qu’il y a des choses possibles et d’autres impossibles, qui perdent ces conditions, en les considérant accompagnées de quelques circonstances.

Il est donc évident que les qualités de possible et d’impossible conviennent ensemble à beaucoup de sujets, selon les divers sens qu’on leur donne ; mais il est aussi véritable qu’on peut supposer de telles circonstances, qu’elles excluront l’une de ces deux conditions. C’est ainsi qu’encore qu’on puisse dire d’un homme sain, mais enchaîné, qu’il n’est pas impossible qu’il coure, puisque la rupture de ses fers, qui lui en donnera la possibilité, a une cause dans la nature, mais qu’il n’est pas en son pouvoir de courir, parce que cette cause n’est pas en sa disposition : néanmoins, si l’on considère ce captif comme captif, on pet dire absolument que, tandis qu’il sera dans les fers, sa fuite est tellement impossible, qu’elle n’est possible en aucun sens, puisque cette supposition exclut totalement la cause de sa liberté. Saint Thomas exprime cet état par le mot d’incompossible, lorsqu’il dit qu’encore qu’il soit possible qu’un homme pèche mortellement, qu’il soit aussi possible qu’il soit élu, et qu’il soit encore possible qu’il soit tué à chaque instant de sa vie : il est néanmoins absolument, et en quelque temps que ce soit, incompossible à toutes ces suppositions qu’il soit ensemble élu en péché mortel, et tué en cet état. C’est aussi de cette sorte qu’on peut dire d’un homme qui a les yeux sains, qu’il peut voir la lumière qu’on lui offre, s’il le veut ; de telle sorte qu’il n’y a aucun sens auquel on puisse dire qu’il n’ait pas le pouvoir de voir, s’il le veut absolument, la lumière qu’on lui présente.

De même on peut dire d’un juste qui a toutes les grâces nécessaires pour accomplir les préceptes, et qui est tellement en état de se passer de toute autre chose pour les accomplir actuellement, qu’avec ce seul secours il les accomplisse en effet quelquefois. qu’il est en son pouvoir de les accomplir dans cette supposition ; de telle sorte qu’il n’y a aucun sens où toutes ces circonstances étant posées, on puisse dire qu'il n’est pas en son pouvoir de les accomplir, ou qu’il soit impossible qu’il les accomplisse. Et c’est ainsi, au contraire, qu’on peut dire d’un juste, en le supposant destitué du secours nécessaire pour vouloir les accomplir qu’il n’est pas en son pouvoir de les accomplir ; de telle sorte qu’on ne peut dire en aucun sens, en supposant cette circonstance, qu’il soi totalement en son pouvoir de les accomplir.

C’est par cette raison que, pour présenter la vérité toute pure et toute dégagée des erreurs contraires qui la combattent, le concile de Trente a formé deux importantes décisions, par l’une desquelles il établit que les justes ont le pouvoir de persévérer quand ils ont la grâce ; et par