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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/419

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alors il se plaint comme s’il n’eût plus pu contenir sa douleur excessive : « Mon âme est triste jusqu’à la mort. »

Jésus cherche de la compagnie et du soulagement de la part des hommes. Cela est unique en toute sa vie, ce me semble. Mais il n’en reçoit point, car ses disciples dorment.

Jésus sera en agonie jusqu’à la fin du monde : il ne faut pas dormir pendant ce temps-là.

Jésus, au milieu de ce délaissement universel, et de ses amis choisis pour veiller avec lui, les trouvant dormant, s’en fâche à cause du péril où ils exposent non lui, mais eux-mêmes ; et les avertit de leur propre salut et de leur bien avec une tendresse cordiale pour eux pendant leur ingratitude ; et les avertit que l’esprit est prompt et la chair infirme. Jésus, les trouvant encore dormant, sans que ni sa considération ni la leur les en eût retenus, il a la bonté de ne pas les éveiller, et les laisse dans leur repos.

Jésus prie dans l’incertitude de la volonté du Père, et craint la mort ; mais l’ayant connue, il va au-devant s’offrir à elle : Eamus. Processit (Joannes)[1].

Jésus a prié les hommes, et n’en a pas été exaucé.

Jésus, pendant que ses disciples dormoient, a opéré leur salut. Il l’a fait à chacun des justes pendant qu’ils dormoient, et dans le néant avant leur naissance, et dans les péchés depuis leur naissance.

Il ne prie qu’une fois que le calice passe, et encore avec soumission ; et deux fois qu’il vienne s’il le faut.

Jésus dans l’ennui. Jésus, voyant tous ses amis endormis et tous ses ennemis vigilans, se remet tout entier à son père.

Jésus ne regarde pas dans Judas son inimitié, mais l’ordre de Dieu qu’il aime et... puisqu’il l’appelle ami.

Jésus s’arrache d’avec ses disciples pour entrer dans l’agonie ; il faut s’arracher de ses plus proches et des plus intimes pour l’imiter.

Jésus étant dans l’agonie et dans les plus grandes peines, prions plus longtemps.


2.

Console-toi : tu ne me chercherais pas, si tu ne m’avois trouvé. Je pensois à toi dans mon agonie ; j’ai versé telles gouttes de sang pour toi.

C’est me tenter plus que t’éprouver, que de penser si tu ferois bien telle et telle chose absente : je la ferai en toi si elle arrive.

Laisse-toi conduire à mes règles ; vois comme j’ai bien conduit la Vierge et les saints qui m’ont laissé agir en eux.

Le Père aime tout ce que je fais.

Veux-tu qu’il me coûte toujours du sang de mon humanité, sans que tu donnes des larmes ?

C’est mon affaire que la conversion : ne crains point, et prie avec confiance comme moi.

Je te suis présent par ma parole dans l’Écriture ; par mon esprit dans

  1. Jean,XVIII,4.