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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/416

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Qui me recipit, non me recipit, sed eum qui me misit.Nemo scit, neque Filius.Nubes lucida obumbravit[1].

Saint Jean devoit convertir les cœurs des pères aux enfans. Et Jésus-Christ met la division. Sans contradiction.

Les effets, in communi et in particulari. Les semi-pélagiens errent en disant in communi, ce qui n’est vrai que in particulari ; et les calvinistes, en disant in particulari, ce qui est vrai in communi, ce me semble.


101.

Joh., viii : Multi crediderunt in eum. Dicebat ergo Jesus si manseritis., VERE mei discipuli eritis, et VERITAS LIBERABIT VOS. » Responderunt : « Semen Abrahæ sumus, et nemini servimus unquam[2]. » Il y a bien de la différence entre les disciples et les vrais disciples. On les reconnoît en leur disant que la vérité les rendra libres. Car s’ils répondent qu’ils sont libres, et qu’il est en eux de sortir de l’esclavage du diable, ils sont bien disciples, mais non pas vrais disciples.


102.

Inconstance et bizarrerie. — Ne vivre que de son travail, et régner sur le plus puissant État du monde, sont choses très-opposées. Elles sont unies dans la personne du Grand Seigneur des Turcs.


103.

Les vrais chrétiens obéissent aux folies néanmoins, non pas qu’ils respectent les folies ; mais l’ordre de Dieu, qui, pour la punition des hommes, les a asservis à ces folies. Omnis creatura subjecta est vanitati. Liberabitur[3].

Ainsi saint Thomas[4] explique le lieu de saint Jacques sur la préférence des riches, que, s’ils ne le font dans la vue de Dieu, ils sortent de l’ordre de la religion.


104.

Abraham ne prit rien pour lui, mais seulement pour ses serviteurs ; ainsi le juste ne prend rien pour soi du monde, ni des applaudissemens du monde ; mais seulement pour ses passions, desquelles il se sert comme maître, en disant à l’une : Va, et à l’autre : Viens. Sub te erit appetitus tuus[5]. Les passions ainsi dominées sont vertus. L’avarice, la jalousie, la colère, Dieu même se les attribue ; et ce sont aussi bien vertus que la clémence, la pitié, la constance, qui sont aussi des passions. Il faut s’en servir comme d’esclaves, et leur laissant leur aliment, empêcher que l’âme n’yen prenne ; car quand les passions sont les maîtresses, elles sont vices, et alors elles donnent à l’âme de leuraliment, et l’âme s’en nourrit et s’en empoisonne.


105.

On ne s’éloigne de Dieu qu’en s’éloignant de la charité. Nos prières et nos vertus sont abomination devant Dieu, si elles ne sont les prières et vertus de Jésus-Christ. Et nos péchés ne seront jamais l’objet de la mi-

  1. Marc, ix, 36 ; xiii, 32 ; Matth, xvii, 5.
  2. Jean, viii, 30 et suivants.
  3. Rom, viii, 20.
  4. Dans son commentaire sur l’épître de saint Jacques.
  5. Gen., xiv, 7.