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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/386

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nœud si haut, ou, pour mieux dire, si bas, que nous étions incapables d’y arriver : de sorte que ce n’est pas par les agitations de notre raison, mais par la simple soumission de la raison, que nous pouvons véritablement nous connoître.


17.

Les impies, qui font profession de suivre la raison, doivent être étrangement forts en raison. Que disent-ils donc ? Ne voyons-nous pas. disent-ils, mourir et vivre les bêtes comme les hommes, et les Turcs comme les chrétiens ? Ils ont leurs cérémonies, leurs prophètes, leurs docteurs, leurs saints, leurs religieux, comme nous, etc. — Cela est-il contraire à l’Écriture ? ne dit-elle pas tout cela ? Si vous ne vous souciez guère de savoir la vérité, en voilà assez pour vous laisser en repos. Mais si vous désirez de tout votre cœur de la connoître, ce n’est pas assez ; regardez au détail. C’en seroit assez pour une question de philosophie ; mais ici où il va de tout… Et cependant, après une réflexion légère de cette sorte, on s’amusera, etc. Qu’on s’informe de cette religion même si elle ne rend pas raison de cette obscurité ; peut-être qu’elle nous l’apprendra.

Écoulement. — C’est une chose horrible de sentir s’écouler tout ce qu’on possède.

Partis. — Il faut vivre autrement dans le monde selon ces diverses suppositions : 1° Si l’on pouvoit y être toujours ; 2° s’il est sûr qu’on n’y sera pas longtemps, et incertain si on y sera une heure. Cette dernière supposition est la nôtre.


18.

Par les partis, vous devez vous mettre en peine de rechercher la vérité : car si vous mourez sans adorer le vrai principe, vous êtes perdu. « Mais, dites-vous, s’il avoit voulu que je l’adorasse, il m’auroit laissé des signes de sa volonté. » Aussi a-t-il fait ; mais vous les négligez. Cherchez-les donc ; cela le vaut bien.

Je trouve bon qu’on n’approfondisse pas l’opinion de Copernic : mais ceci… ! Il importe à toute la vie de savoir si l’âme est mortelle ou immortelle.


19.

Les prophéties, les miracles même et les preuves de notre religion, ne sont pas de telle nature qu’on puisse dire qu’ils sont absolument convaincans. Mais ils le sont aussi de telle sorte qu’on ne peut dire que ce soit être sans raison que de les croire. Ainsi il y a de l’évidence et de l’obscurité, pour éclairer les uns et obscurcir les autres. Mais l’évidence est telle, qu’elle surpasse, ou égale pour le moins, l’évidence du contraire ; de sorte que ce n’est pas la raison qui puisse déterminer à ne la pas suivre ; et ainsi ce ne peut être que la concupiscence et la malice du cœur. Et par ce moyen il y a assez d’évidence pour condamner et non assez pour convaincre ; afin qu’il paroisse qu’en ceux qui la suivent, c’est la grâce, et non la raison, qui fait suivre ; et qu’en ceux qui la fuient, c’est la concupiscence, et non la raison, qui fait fuir.

Qui peut ne pas admirer et embrasser une religion qui connoît à fond ce qu’on reconnoît d’autant plus qu’on a plus de lumière ?