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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/376

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communication qu’il a avec Dieu, ressuscite les morts, prédit l’avenir, transporte les mers, guérit les maladies, il n’y a point d’impie qui ne s’y rende, et l’incrédulité de Pharao et des pharisiens est l’effet d’un endurcissement surnaturel. Quand donc on voit les miracles et la doctrine non suspecte tout ensemble d’un côté, il n’y a pas de difficulté. Mais quand on voit les miracles et la doctrine suspecte d’un même côté, alors il faut voir quel est le plus clair. Jésus-Christ étoit suspect.

Il y a bien de la différence entre tenter, et induire en erreur. Diet tente,mais il n’induit pas en erreur. Tenter est procurer les occasions, qui n’imposant point de nécessité, si on n’aime pas Dieu, on fera une certaine chose. Induire en erreur est mettre l’homme dans la nécessité de conclure et suivre une fausseté.

Il est impossible, par le devoir de Dieu, qu’un homme cachant sa mauvaise doctrine, et n’en faisant paroître qu’une bonne, et se disant conforme à Dieu et à l’Église, fasse des miracles pour couler insensiblement une doctrine fausse et subtile : cela ne se peut. Et encore moins que Dieu, qui connoît les cœurs, fasse des miracles en faveur d’un tel[1].


5.

Il y a bien de la différence entre n’être pas pour Jésus-Christ, et le dire ; ou n’être pas pour Jésus-Christ, et feindre d’en être. Les uns peuvent faire des miracles, non les autres ; car il est clair des uns qu’ils sont contre la vérité, non des autres ; et ainsi les miracles sont plus clairs.

Les miracles discernent aux choses douteuses : entre les peuples juif et païen ; juif et chrétien ; catholique, hérétique ; calomniés, calomniateurs ; entre les deux croix[2]. Mais aux hérétiques les miracles seroient inutiles ; car l’Église, autorisée par les miracles qui ont préoccupé la créance, nous dit qu’ils n’ont pas la vraie foi. Il n’y a pas de doute qu’ils n’y sont pas, puisque les premiers miracles de l’Église excluent la foi des leurs. Il y a ainsi miracle contre miracle, et premiers et plus grands du côté de l’Église.

Contestation. — Abel, Caïn[3]. Moïse, magiciens. Élie, faux prophètes. Jérémie, Ananias. Michée, faux prophètes. Jésus-Christ, pharisien. Saint Paul, Barjésu[4]. Apôtres, exorcistes[5]. Les chrétiens et les infidèles. Les catholiques, les hérétiques. Élie, Énoch, Antechrist. Toujours le vrai prévaut en miracles. Les deux croix.

Jamais en la contention du vrai Dieu, de la vérité de la religion, il n’est arrivé miracle du côté de l’erreur, et non de la vérité.

Jean, vii, 40. Contestation entre les juifs, comme entre les chrétiens aujourd’hui. Les uns croyoient en Jésus-Christ, les autres ne le croyoient pas, à cause des prophéties qui disoient qu’il devoit naître de

  1. D’un tel homme.
  2. Celle de Dieu et celle du larron.
  3. C’est le développement de la phrase qui commence le paragraphe précédent : «Les miracles discernent, etc.
  4. Saint Paul rendit Barjésu aveugle.
  5. Des exorcistes juifs voulurent lutter contre les apôtres.