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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/348

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9.

Le temps du premier avènement est prédit ; le temps du second ne l’est point, parce que le premier devoit être caché ; le second doit être éclatant et tellement manifeste que ses ennemis mêmes le devoient reconnoître. Mais, comme il ne devoit venir qu’obscurément, et que pour être connu seulement de ceux qui sonderoient les Écritures...


10.

Fac secundum exemplar quod tibi ostensum est in monte[1]. La religion des juifs a donc été formée sur la ressemblance de la vérité du Messie ; et la vérité du Messie a été reconnue par la religion des juifs, qui en étoit la figure.

Dans les juifs, la vérité n’étoit que figurée. Dans le ciel, elle est découverte. Dans l’Église, elle est couverte, et reconnue par le rapport à la figure. La figure a été faite sur la vérité, et la vérité a été reconnue sur la figure.


11.

Qui jugera de la religion des juifs par les grossiers la connoîtra mal. Elle est visible dans les saints livres, et dans la tradition des prophètes, qui ont assez fait entendre qu’ils n’entendoient pas la loi à la lettre. Ainsi notre religion est divine dans l’Évangile, les apôtres et la tradition ; mais elle est ridicule dans ceux qui la traitent mal.

Le Messie, selon les juifs charnels, doit être un grand prince temporel. Jésus-Christ, selon les chrétiens charnels, est venu nous dispenser d’aimer Dieu, et nous donner des sacremens qui opèrent tout sans nous. Ni l’un ni l’autre n’est la religion chrétienne, ni juive. Les vrais juifs et les vrais chrétiens ont toujours attendu un Messie qui les feroit aimer Dieu, et, par cet amour, triompher de leurs ennemis.


12.

Le voile qui est sur ces livres de l’Écriture pour les juifs y est aussi pour les mauvais chrétiens, et pour tous ceux qui ne se haïssent pas eux-mêmes. Mais qu’on est bien disposé à les entendre et à connoître Jésus-Christ, quand on se hait véritablement soi-même !


13.

Les juifs charnels tiennent le milieu entre les chrétiens et les païens. Les païens ne connoissent point Dieu, et n’aiment que la terre. Les juifs connoissent le vrai Dieu, et n’aiment que la terre. Les chrétiens connoissent le vrai Dieu, et n’aiment point la terre. Les juifs et les païens aiment les mêmes biens. Les juifs et les chrétiens connoissent le même Dieu. Les juifs étoient de deux sortes : les uns n’avoient que les affections païennes, les autres avoient les affections chrétiennes.


14.

C’est visiblement un peuple fait exprès pour servir de témoin au Messie (Is., XLIII, 9 ; XLIV, 8). Il porte les livres, et les aime, et ne les entend point. Et tout cela est prédit : que les jugemens de Dieu leur sont confiés, mais comme un livre scellé.

Tandis que les prophètes ont été pour maintenir la loi, le peuple a été

  1. Exode, xxv, 40.