Ouvrir le menu principal

Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/266

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à tous ceux qui en attaquent ou la vérité ou la sainteté ; c’est-à-dire non-seulement aux athées, aux infidèles et aux hérétiques, qui refusent de soumettre les fausses lumières de leur raison à la foi, et de reconnoître les vérités qu’elle nous enseigne ; mais même aux chrétiens et aux catholiques, qui étant dans le corps de la véritable Église, ne vivent pas néanmoins selon la pureté des maximes de l’Évangile, qui nous y sont proposées comme le modèle sur lequel nous devons nous régler et conformer toutes nos actions.

Voilà quel étoit son dessein ; et ce dessein étoit assez vaste et assez grand pour pouvoir comprendre la plupart des choses qui sont répandues dans ce recueil. Il s’y en pourra néanmoins trouver quelques-unes qui n’y ont nul rapport, et qui en effet n’y étoient pas destinées, comme, par exemple, la plupart de celles qui sont dans le chapitre des Pensées diverses, lesquelles on a aussi trouvées parmi les papiers de Pascal, et que l’on a jugé à propos de joindre aux autres ; parce que l’on ne donne pas ce livre-ci simplement comme un ouvrage fait contre les athées ou sur la religion, mais comme un recueil de Pensées sur la religion et sur quelques autres sujets.

Je pense qu’il ne reste plus, pour achever cette préface, que de dire quelque chose de l’auteur après avoir parlé de son ouvrage. Je crois que non-seulement cela sera assez à propos, mais que ce que j’ai dessein d’en écrite pourra même être très-utile pour faire connoître comment Pascal est entré dans l’estime et dans les sentimens qu’il avoit pour la religion, qui lui firent concevoir le dessein d’entreprendre cet ouvrage.

On voit, dans la préface des Traités de l’équilibre des liqueurs, de quelle manière il a passé sa jeunesse, et le grand progrès qu’il y fit en peu de temps dans toutes les sciences humaines et profanes auxquelles il voulut s’appliquer, et particulièrement en la géométrie et aux mathématiques ; la manière étrange et surprenante dont il les apprit à l’âge de onze ou douze ans ; les petits ouvrages qu’il faisoit quelquefois, et qui surpassoient toujours beaucoup la force et la portée d’une personne de son âge : l’effort étonnant et prodigieux de son imagination et de son esprit qui parut dans sa machine arithmétique, qu’il inventa, âgé seulement de dix-neuf à vingt ans ; et enfin les belles expériences du vide qu’il fit en présence des personnes les plus considérables de la ville de Rouen, où il demeura pendant quelque temps, pendant que le président Pascal son père y étoit employé pour le service du roi dans la fonction d’intendant de justice. Ainsi je ne répéterai rien ici de tout cela, et je me contenterai seulement de représenter en peu de mots comment il a méprisé toutes ces choses, et dans quel esprit il a passé les dernières années de sa vie, en quoi il n’a pas moins fait paroître la grandeur et la solidité de sa vertu et de sa pieté, qu’il avoit montré auparavant la force, l’étendue et la pénétration admirable de son esprit.

Il avoit été préservé pendant sa jeunesse, par une protection particulière de Dieu, des vices où tombent la plupart des jeunes gens ; et ce qui est assez extraordinaire à un esprit aussi curieux que le sien, il ne s’étoit jamais porté au libertinage pour ce qui regarde la religion, ayant toujours porte sa curiosité aux choses naturelles. Et il a dit plusieurs fois qu’il joignoit cette obligation à toutes les autres qu’il avoit à son père, qui, ayant lui-même un très-grand respect pour la religion, le lui avoit inspiré dès l’enfance, lui donnant pour maxime, que tout ce qui est l’objet de la foi ne sauroit l’être de la raison, et beaucoup moins y être soumis.

Ces instructions, qui lui étoient souvent réitérées par un père pour