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Page:Œuvres complètes de Blaise Pascal Hachette 1871, vol1.djvu/16

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était l’activité de son esprit, qu’il s’y trouva place un moment pour des préoccupations industrielles. L’auteur des Pensées fonda et dirigea la première entreprise de transport en commun qui fut essayée à Paris. Au fait, abréger et faciliter les voyages, c’est simplifier la vie, et créer une méthode.

Voilà une nomenclature des travaux de Pascal. Joignons-y une courte appréciation.

On peut distinguer deux hommes en lui, le philosophe et le géomètre. L’importance des œuvres philosophiques de Pascal est telle qu’on ne songe ordinairement qu’au penseur et à l’écrivain : son nom ne rappelle à la plupart des hommes que les Provinciales et les Pensées. Ce n’est pourtant là qu’une partie de sa gloire. Le même esprit qui a lancé contre les jésuites le plus éloquent et le plus vigoureux de tous les pamphlets, et qui a enfermé dans un petit nombre de sentences toute une profonde doctrine religieuse et philosophique, a marqué à jamais sa place dans l’histoire de la géométrie par des travaux de premier ordre. Pascal est peut-être notre plus grand écrivain : il est certainement un de nos penseurs les plus éminents, et l’un de nos plus ingénieux et de nos plus profonds mathématiciens. Cependant il est mort à trente-neuf ans.

Les œuvres mathématiques de Pascal sont intéressantes à plus d’un titre : instructives par elles-mêmes, elles sont surtout un curieux spécimen des méthodes abstraites en usage dans la première partie du XVIIe siècle ; on y voit dans tout son développement le génie mathématique aux prises avec les difficultés et les surmontant sans l’aide d’aucun artifice analytique.

Il ne semble pas que Pascal puisse être rangé parmi les inventeurs ou même parmi les précurseurs du calcul différentiel ; tout au contraire on ne peut se garder au premier abord d’une sorte d’étonnement en voyant ce génie si subtil et si pénétrant se refuser aux progrès de la science, dédaigner d’en faire usage et de concourir à leur développement : il n’employa jamais la géométrie de Descartes, quoiqu’il la connût bien ; comme s’il n’eût pas apprécié la valeur de cette admirable conception, qui, de son vivant même, allait ouvrir carrière aux plus sublimes inventions analytiques. C’est qu’en effet Pascal, et c’est là certainement un des traits caractéristiques de ses travaux en mathématiques, dédaignait toute aide étrangère, toute méthode algébrique il recherchait le travail pour lui-même encore plus que pour ses résultats ; d’ailleurs, comme on le voit par des lettres, écrites, il est vrai, sur la fin de sa vie, il ne croit pas à la science : « elle doit-être, dit-il, J’essai mais non l’emploi de nos forces ; » il ne croit pas surtout à la