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Page:Œuvres complètes, Impr. nat., Actes et Paroles, tome III.djvu/608

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6oo ACTES ET PAROLES. — DEPUIS L’EXIL. ^ mai. — À deux heures, réunion chez moi des sénateurs de l’extrême gauche. Présents : Peyrat, président actuel, Crémieux, Schœlcher, Corbon, Ferrouillat, Oudct, Georges. On a examiné la circulaire de Broglie. Puis la situation, et l’on est convenu de garder le secret sur ce qui a été dit. En rentrant j’ai trouvé l’empereur du Brésil qui venait dîner avec moi. Il était accompagné du vicomte de Buen Retire, qu’il m’a présenté en disant : Je vous amène mon ami. M. de Buen Retire est un homme fort distingué. L’empereur m’a remis sa photographie signée : Pedro d’Alcantara, et datée 2^ mai i8jj. Nous avions Vacquerie et nos convives du mardi. Au dessert j’ai porté un toast à mon bote iUtilire, il m’a répondu par un toast k moi-même. — Causerie jusqu’à minuit. À minuit luncheon. Il s’est retiré vers une heure. ^0 mai, — Taylor est venu vers midi avec M. Paul de Musset. Le Comité des Gens de Lettres voudrait qu’une statue fût élevée par souscription à Alfred de Musset. On me demande de m’y intéresser et ils me nomment président du comité de souscription. J’ai consenti. On détermine l’époque afin de choisir un moment favorable. J’ai retenu Taylor à déjeuner. ^j mai. — Je décide, en présence de ce qui semble se préparer, que je mettrai en sûreté mes manuscrits. Je ferai le contraire pour ma personne, car la vie risquée complète le devoir rempli.

juin. — Aujourd’hui nomination du 

successeur de M. Autran à l’Académie. Trois candidats : — Leconte de Lisle (pour lequel je vote). — Sardou. — Le duc d’Audiffret-Pasquier. A deux heures chez Edmond Adam. J’ai vu M°’ Edmond Adam. Edmond Adam a le diabète depuis vingt ans. Aujourd’hui un anthrax la nuque. Il est presque dans un état désespéré. De chez Adam à l’Institut. Je suis arrivé à 3 heures un quart. Le scrutin allait commencer, 37 membres. (Trois absents : le mort, Autran, un malade, Duvergier de Hauranne, un boudeur, Dupanloup.) Majorité 19. i" tour. Sardou 18, Pasquier 17, Leconte de Lisle 2 (Auguste Barbier et moi). " tour. Sardou 19’, Pasquier 17, Leconte de Lisle I. (moi). Sardou nommé. Barbier, en quittant Leconte de Lisle pour Sardou a fait l’élection. Accueil glacial que me fait l’Académie. Excepté d’Aumale qui m’a vivement salué, Jules Favre et Dumas fils qui présidait. Jules Simon s’est levé de sa place, a traversé la salle et est venu me prendre les mains. Je lui ai dit à très haute voix : Jamais je ne vous ai serré la main de plus grand cœur qu’aujourd’hui. En face de moi, Broglie, livide. Charles Blanc est venu s’asseoir près de moi. Jules Simon m’a présenté M. Mézières.

» «  ij juin. — Edmond Adam est mort hier. C’était une âme droite, vaillante et bonne. On l’enterre aujourd’hui à 4 heures au Père Lachaise. — J’irai. A 4 heures je suis allé chez Adam , boulevard Poissonnière. Foule. M"* Adam était dans une voiture de deuil. Les sénateurs étaient en tête, précédés des huissiers du Sénat (trois en uniforme) Plusieurs sénateurs portaient la plaque l’habit. (Duclerc, viceprésident , Em m . Arago , Se heurer-Kestner ) . Je marchais en tête avec ces trois-lk. Très grand soleil. Au Château d’Eau, sur la prière instante de Duclerc , je suis monté dans une des voitures du Sénat, j’étais allé à pied jusque-là. Dans cette voiture, il y avait deux sénateurs, MM. Le Petit et. . . On était au Père Lachaise à 6 heures, j’étais enroué, mais au bord de la tombe, on m’a prié de parler. J’ai dit quelques paroles qui sont dans les journaux, et plus exactement dans le Rappel t’I Le peuple m’a tendrement accueilli. M°" Edmond Adam , dans ses Souvenirs, a passé sous silence l’adieu de Victor Hugo à son mari. Elle l’en a remercié pourtant ; nous trouvons, au verso de vers intitulés la Distribution de prix, le brouillon de la réponse de Victor Hugo. Samedi [16 juin.] Votre lettre. Madame, me touche au plus profond du cœur. Vous savez combien j’aimais l’) Du 17 juin 1877. Voir page 473.