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Page:Œuvres complètes, Impr. nat., Actes et Paroles, tome III.djvu/408

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400 NOTES. — i8 8i.

puissance du génie employé au bien, de réunir dans un même sentiment d’admiration reconnaissante les hommes qui, sous d’autres rapports, auraient le plus de peine k s’accorder, et rien n’est plus propre k mettre en relief cette puissance que des solennités semblables à celle d’aujourd’hui.

« L’idée d’union est, en effet, inséparable de toute grande fête. «C’est cette idée qu’exprimaient dans la Grèce antique les fêtes de Minerve, de Cérès, de Bacchus, et ces jeux célèbres dont les Grecs firent le signal de la trêve olympique j et qui étaient considérés comme un lien presque aussi fort que la race et le langage. « C’est cette idée d’union qui rendit si touchante la plus mémorable des fêtes de la Révolution française : la Fédération. Assez de jours dans l’année sont donnés à ce qui sépare les hommes ; il est bon qu’on donne quelques heures k ce qui les rapproche. Et quelle plus belle occasion pour cela que la fête de celui qui est, en même temps qu’un poète sans égal, le plus éloquent apôtre de la fraternité humaine ! Car, si grand que soit le génie de Victor Hugo, il y a quelque chose de plus grand encore que son génie, c’est l’emploi qu’il en a fait, et l’unité de sa vie est dans l’ascension continuelle de son esprit vers la lumière. » M. Coquelin dit alors ces belles strophes de Théodore de Banville : Père, doux au malheur, au deuil, à la souffrance ! A l’ombre du laurier dans la lutte conquis. Viens sentir sur tes mains le baiser de la France, Heureuse de fêter le jour où tu naquis !

Victor Hugo ! la voix de la Lyre étouflFée Se réveilla par toi, plaignant les maux soufferts. Et tu connus, ainsi que ton aïeul Orphée,

L’âpre exil, et ton chant ravit les noirs enfers. Mais tu vis à présent dans la sereine gloire. Calme, heureux, contemplé par le ciel souriant. Ainsi qu’Homère assis sur son trône d’ivoire. Rayonnant, et les yeux tournés vers l’Orient, Et tu vois à tes pieds la fîUe de Pindare, L’Ode qui vole et plane au fond des firmaments, L’Épopée et l’éclair de son glaive barbare. Et la Satire, aux yeux pleins de fiers châtiments ; Et le Drame, charmeur de la foule pensive. Qui, du peuple agitant et contenant les flots. Sur tous les parias répand, comme une eau vive. Sa plainte gémissante et ses amers sanglots. Mais, ô consolateur de tous les misérables ! Tu détournes les yeux du crime châtié,

Pour ne plus voir que l’Ange aux larmes adorables Qu’au ciel et sur la terre on nomme : la Pitié ! O Père ! s’envolant sur le divin Pégase

À travers l’infini sublime et radieux.

Ce génie effrayant, la Pensée en extase,

A tout vu, le passé, les mystères, les Dieux ; Elle a vu le charnier funèbre de l’Histoire, Les sages poursuivant le but essentiel.

Et les démons forgeant dans leur caverne noire Les brasiers de l’aurore et les saphirs du ciel ;