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Page:Œuvres complètes, Impr. nat., Actes et Paroles, tome III.djvu/156

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148 DEPUIS L’EXIL. — PARIS. — 1871.

qui manquent le guide, le rayon, la chaleur, le courage, la certitude du chemin, la vision du but} pour ceux qui ont de l’ombre dans leur horizon, dans leur travail, dans leur itinéraire, dans leur conscience j pour ceux qui ont besoin de voir clair dans leur chute ou dans leur victoire. On rallume le flambeau pour celui même qui l’a éteint, et qui, en l’éteignant, s’est aveuglé } et c’est pour l’Allemagne qu’il faut relever la France. Oui, pour l’Allemagne. Car l’Allemagne est esclave, et c’est de la France que lui reviendra la liberté.

La lumière délivre.

Mais pour rallumer le flambeau, pour relever la France, comment s’y prendre ? Qu’y a-t-il à faire ?

Cela est difiîcile, mais simple.

Il faut faire jaillir l’étincelle.

D’où. ?

De l’âme du peuple.

Cette âme n’est jamais morte. Elle subit des occultations comme tout astre, puis, tout à coup, lance un jet de clarté et reparaît. La France avait deux grandeurs, sa grandeur matérielle et sa grandeur morale. Sa puissance matérielle seule est atteinte, sa puissance intellectuelle est entière. On amoindrit un territoire, non un rayonnement j jamais un rayon ne rebrousse chemin. La civilisation connaît peu Berlin et continue de se tourner vers Paris. Après les désastres, voyons le résultat. Il ne reste plus à la France que ceci : tous les peuples. La France a perdu deux provinces, mais elle a gardé le monde.

C’est le phénomène d’Athènes, c’est le phénomène de Rome. Et cela tient à une chose profonde, l’Art. Etre la nation de l’idéal, c’est être la nation du droit j être le peuple du beau, c’est être le peuple du vrai. Etre un colosse n’est rien si l’on n’est un esprit. La Turquie a été colosse, la Russie l’est, l’empire allemand le sera} énormités faites de ténèbres } géants reptiles. Le géant, plus les ailes, c’est l’archange. La France est suprême parce qu’elle est ailée et lumineuse. C’est parce qu’elle est la grande nation lettrée qu’elle est la grande nation révolutionnaire. La Marseillaise, qui est sa chanson, est aussi son épée. 1789 avait besoin de cette préface, l’Encyclopédie. Voltaire prépare Mirabeau. Otez Diderot, vous n’aurez pas Danton. Qui eût séché ce germe, Rousseau, au commencement du dix-huitième siècle, eût, par contre-coup, séché à la fin cet autre germe, Robespierre. Corrélations impénétrables, mystérieuses influences, complicités de l’idéal avec l’absolu, que le philosophe constate, mais qui ne sont pas justiciables des conseils de guerre.

Le journal, donc, comme l’écrivain, a deux fonctions, la fonction