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Voici le Monstre ailé, mon fils, lui dit la Muse.
Sous son poil rose court le beau sang de Méduse ;
Son œil réfléchit tout l’azur du ciel natal,
Les sources ont lavé ses sabots de cristal,
À ses larges naseaux fume une brume bleue
Et l’Aurore a doré sa crinière et sa queue…

Flatte-le, parle-lui. Dis-lui : « Fils de Gorgo
Pégase ! écoute-moi : mon nom, Victor Hugo,
Vibre plus éclatant que celui de ta mère ;
Mieux que Bellérophon j’ai vaincu la Chimère…
Ne me regarde pas d’un œil effarouché ;
Viens ! Je suis le dernier qui t’aurai chevauché.
Par le ciel boréal où mes yeux ont su lire,
Ton vol m’emportera vers la céleste Lyre ;
Car mes doigts fatigués, sous l’archet souverain,
D’avoir fait retenir l’or, l’argent et l’airain,
Veulent, à la splendeur de la clarté première,
Faire enfin résonner des cordes de lumière !... »
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Il renâcle, il s’ébroue, il hennit, et ses crins
Se lèvent ! C’est l’instant. Saute-lui sur les reins !
Son aile, qui se gonfle en un frisson de plume,
Palpite dans la nuit ou Sirius s’allume.
Pars ! Tu l’abreuveras au grand fleuve du ciel,
Qui roule à flots d’argent le lait torrentiel…
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Enfonce le zénith et, riant de l’abîme,
Monte plus loin, plus haut, dans l’azur plus sublime !
Que l’envergure d’or du grand Cheval ailé
Projette une ombre immense en l’éther étoilé
Et que son battement d’ailes multicolore
Fasse osciller la flamme aux astres près d’éclore.
Monte ! Pousse plus haut l’essor de l’étalon
Vertigineux ! Va, monte ! Et, battant du talon
Le Monstre que ton bras irrésistible dompte,
Monte encore, toujours, éternellement ! Monte !