Notice sur le chevalier de Clieu et bibliographie du café

NOTICE
SUR
LE CHEVALIER DU CLIEU,
ET
BIBLIOGRAPHIE DU CAFÉ[1].

NOTICE.

La plupart des détails que nous allons donner sur cet importateur courageux du Cafier aux Antilles-Françaises, ne se trouvent pas dans nos Dictionnaires historiques ; la Biographie Universelle elle-même ne fait connaître ni sa naissance, ni sa mort, ni son prénom, ni son nom bien orthographié.

Gabriel de Clieu (et non Desclieux), chevalier, seigneur et patron de Dorchigni, de Neuvillette, et d’Anglequesville-sur-Saâne (Seine-Inférieure), naquit en 1688. Il était, en 1720, capitaine d’infanterie à la Martinique, lorsque des affaires personnelles le rappelèrent en France. Plus occupé (dit-il dans une lettre adressée au rédacteur de l’Année Littéraire) du bien public que de ses propres intérêts, sans être découragé par le peu de succès des tentatives qu’on avait faites depuis quarante années pour introduire et naturaliser le Café dans nos îles, il fit de longues démarches pour en obtenir deux jeunes pieds du Jardin des plantes. Il paraît que ce fut dès 1720, par conséquent six ans après la réception du Cafier à Paris, que le chevalier de Clieu, qui joignait à son grade de capitaine celui d’enseigne de vaisseau, porta le Cafier à la Martinique, d’où il se répandit ensuite dans les autres Iles-sous-le-Vent.

Les vicissitudes de ce voyage sont dignes d’être rapportées. De Clieu veillait sur les deux jeunes Cafiers que lui avait fait obtenir le docteur Chirac ; il les arrosait avec sollicitude ; on eût dit qu’il pressentait la haute destinée de l’un d’eux. Rien ne put sauver l’autre. La traversée fut longue ; en vain de Clieu fit-il le sacrifice d’une partie de sa ration d’eau pendant plus d’un mois[2] ; l’un des jeunes arbustes périt ; le second, « qui n’était pas plus gros qu’une marcotte d’œillet », survécut, malgré la blessure que lui fit un perfide passager. « Cet homme, dit le chevalier de Clieu, dans la lettre que nous venons de citer, jaloux du bonheur que j’allais goûter, d’être utile à ma patrie, et n’ayant pu parvenir à m’enlever ce pied de Café, en arracha une branche ». Arrivé à la Martinique, de Clieu planta son jeune et frêle Cafier qui, comme il le dit fort bien, lui était devenu plus cher par les dangers qu’il avait courus et par les soins qu’il lui avait coûtés. Au bout de dix-huit ou vingt mois, il obtint une récolte abondante, qui lui facilita les moyens de multiplier le précieux arbuste, au point d’en pourvoir assez abondamment la Guadeloupe et la partie française de St.-Domingue. En moins de trois ans, on comptait par millions les Cafiers de nos Antilles.

En 1746, de Clieu revint en France. Il fut présenté à Louis XV, quelque temps après, par Rouillé de Jouy, ministre de la marine, administrateur d’un grand mérite, qui fit valoir celui d’un officier distingué, auquel l’Amérique, la France et le commerce étaient redevables de la plantation et de la culture du Cafier dans nos principales colonies. Le généreux citoyen qui avait mis tant de zèle, de persévérance, de dévouement même, et qui avait dépensé des sommes considérables pour servir sa patrie et son prince, réclama vainement le remboursement d’une partie de ses avances. Toutefois il obtint quelques distinctions honorables. Après avoir été lieutenant-de-roi à la Martinique, il fut nommé gouverneur de la Guadeloupe et créé commandeur de l’ordre de Saint-Louis. Il servit près de quarante ans dans les Colonies-Françaises, d’où il se retira honorablement pauvre, après avoir dépensé pour le bien public la plus grande partie du prix de trois établissements considérables qu’il avait fondés dans les Antilles : il était tellement désintéressé qu’il refusa un don de 150,000 fr. que les colons de la Guadeloupe et de la Martinique lui offrirent pour qu’il pût tenir un état conforme à son rang et à son mérite.

Ses lumières, son expérience judicieuse, son équité reconnue et son caractère aussi conciliant que ferme, le firent choisir par le Gouvernement pour aller au Port-Louis régler les contestations dont les officiers de terre, de la marine et de la Compagnie des Indes fatiguaient le ministère. De Clieu, comme on s’y attendait, eut le bonheur de réussir dans cette mission délicate.

Lors du bombardement odieux du Havre, en 1759, il se distingua dans le commandement des batteries flottantes qui lui fut confié.

Il n’est pas exact de dire que le fondateur des prospérités de la Martinique ne fut récompensé que par la plus décourageante ingratitude, et qu’il soit mort ignoré dans la colonie qu’il avait enrichie : c’est une double erreur qu’a commise, dans la Biographie Universelle, le savant Du Petit-Thouars : l’histoire des ingratitudes humaines est déjà bien assez volumineuse en réalité, sans l’accroître encore par des erreurs. Lorsque de Clieu se retira du service, il jouissait depuis quelque temps d’une pension de 6,000 fr. Louis XVI, étant monté sur le trône, s’empressa de réparer les torts de son prédécesseur : il envoya au bienfaiteur des Antilles la décoration de Grand-Croix de l’ordre de Saint-Louis. Malheureusement de Clieu, qui venait de quitter sa retraite, où il exerçait honorablement, c’est-à-dire sans faste, sa bienfaisance et sa bienveillance, avec ce reste d’activité généreuse qu’il avait jadis déployée sur un plus grand théâtre, âgé de 87 ans et plus, ne reçut cette faveur que la veille de sa mort, et la brillante décoration ne servit qu’à parer un cercueil.

Enfin, sous le gouvernement de l’amiral Villaret-Joyeuse, l’administration de la Martinique fit élever un monument de reconnaissance à la mémoire de de Clieu. Ce fut vers 1805[3].

Gabriel de Clieu était mort à Paris, le 29 novembre 1774.

Voici ce que je lis dans une note des Affiches de Normandie (décembre 1774) : « Il était aimé, respecté et estimé de tout ce qui le connaissait ; il fut le père des pauvres, surtout des familles nombreuses, mariant et dotant les filles indigentes des villages voisins de sa terre. Comme ses jours furent comptés par des bienfaits, il ne pouvait manquer d’être regretté de tous ceux qui le connaissaient ».

Terminons en disant que de Clieu fut un citoyen utile, généreux et modeste, remarquable par sa capacité et son désintéressement, préférant l’innocence et le calme de la retraite aux intrigues et aux démarches cupides, fier et simple à la fois, trouvant et sachant goûter dans sa propre satisfaction le prix de ses actions, véritablement nobles, parce qu’elles étaient véritablement belles et grandes. C’est à ces titres qu’il faut le rappeler à la mémoire de ses compatriotes, et surtout à la reconnaissance qui, comme on l’a dit justement, est la mémoire du cœur.


BIBLIOGRAPHIE.

Pour compléter notre travail sur le Cafier et le Café, nous allons donner la liste des principaux auteurs qui en ont parlé. Cette nomenclature, par ordre chronologique, a pour objet de faire connaître les meilleurs ouvrages qui se sont spécialement occupés du Café. M. le docteur Chaumeton qui, dans le Dictionnaire des sciences médicales, a donné la bibliographie de cette véritable Encyclopédie de la médecine, eut raison de ranger les écrivains par ordre de chronologie, ordre auquel, tout en le copiant complètement, M. de Méry a eu tort de substituer le classement alphabétique. M. Chaumeton termine ainsi son article : « Parmi les autres écrits moins importants qu’il eût été fastidieux d’énumérer, il en est quelques-uns dont je crois devoir citer les auteurs. Ceux-ci ont tracé l’histoire, la description, la préparation, les vertus du Café : tels sont Togni, Langen, Blégny, Houghton, Antoine Jussieu, Ludolf, Civinini, Gmelin, Ellis, Ottleben, Buc’hoz, Gentil, etc. Ceux-là ont essayé de prouver que l’usage habituel de cette boisson est très-nuisible : tels sont Duncan, Gayant, Nilscher, Zannichelli, Ittner, Eloy, etc. Bradley a regardé le Café comme un excellent prophylactique des maladies contagieuses, et même de la peste ; Biet a fait l’éloge du Café volatif ; Constantini, Forster, Weickard, Christ, et beaucoup d’autres ont indiqué, comme propres à remplacer le Café, une foule de substances indigènes dont aucune ne peut soutenir la comparaison. »

Aux vingt ouvrages cités par M. Chaumeton, nous en avons ajouté quelques autres dont il n’avait point parlé, et qui avaient échappé à ses savantes investigations :

I. Meisner est auteur d’un Traité du Café, qui fut imprimé en 1621.

II. Strauss (Laurent) : Dissertation inaugurale, qui a pour titre : De potu Coffeæ. Giessen, 1666, in-4°. et Francfort, même année et même format.

III. Naironi (Fauste), maronite, né au Mont-Liban, professeur de syriaque au Collége de la Sapience, à Rome, mort en 1711 : De saluberrima potione Cahve seu Café nuncupata discursus. Rome, 1671, in-24. — Ibid. 1675, in-12. Traduit en italien et en français.

IV. Four (Philippe-Sylvestre, plus connu sous le nom de Du), né à Manosque, vers 1622, mort vers 1685, commerçant d’un grand savoir : Traités nouveaux et curieux du Café, du Thé et du Chocolat. Lyon, 1671 et 1684 ; La Haie, 1685 ; Lyon, 1688 ; toujours in-12. L’édition de 1671, qui n’était qu’une sorte de version du Discours de Naironi, est beaucoup moins complète que celles qui la suivirent. Jacques Spon traduisit en latin ces Traités, auxquels il réunit diverses pièces difficiles à rassembler. Ils furent aussi traduits en allemand et imprimés à Bautzen, en 1686.

V. Galeano (Joseph), médecin de Palerme, né en 1605, mort en 1675 : Il Café con pia diligenza esaminato. Palerme, 1674, in-4°.

VI. Marsigli (Louis-Ferdinand), né à Bologne le 10 juillet 1658, y mourut le 1er. novembre 1730 : De potione asiatica, seu notitia a Constantinopoli circa plantam quæ calidi potus Coave subministrat materiam. Vienne en Autriche, 1685, in-12.

VII. Mappus (Marc), né à Strasbourg, en 1632, mort en 1701 : De potu Coffeæ. Cette dissertation inaugurale fut imprimée à Strasbourg, en 1693, in-4°.

VIII. Fellon (Thomas-Bernard), né à Avignon, le 12 juillet 1672, mort le 25 mars 1759, publia Faba Arabica, en hexamètres latins. Lyon, 1696, in-12. D’Olivet l’a recueilli dans sa précieuse collection des Pœmata didascalica.

IX. Galland (Antoine), né à Rollot, près de Mont-Didier, en 1646, mort le 17 février 1715, membre de l’Académie des Inscriptions et professeur d’arabe au Collége royal : Lettre sur l’origine et les progrès du Café ; extrait d’un manuscrit arabe de la Bibliothèque du Roi, 1696. — Traité de l’origine du Café. Caen, 1699, in-12.

X. Andalori (André) : Il Café descritto ed esaminato. Messine, 1703, in-12. Traité ridicule, dans lequel l’auteur cherche à prouver que la vertu du Café provient moins du grain du Cafier que de l’eau chaude qu’on emploie.

XI. Jussieu (Antoine de), né à Lyon, le 6 juillet 1686, mort à Paris, le 22 avril 1758, membre de l’Académie des Sciences : Histoire du Café ; relation lue à cette savante Compagnie, en 1713 ; travail qu’il rectifia et étendit d’après les observations qu’il avait faites sur le Cafier envoyé, en 1714, de Hollande au Jardin des plantes de Paris. Ce fut dans cet état que Jussieu lut à son Académie, le 4 mars 1715, son ouvrage complété, qui fut imprimé dans le volume publié par cette Compagnie pour 1713.

XII. Roque (Antoine de La), né à Marseille en 1672, mort à Paris en 1744 : Voyage de l’Arabie-Heureuse en 1708, 1709 et 1710, avec la Relation particulière d’un voyage fait du port de Mokha à la cour du Roi d’Iémen, dans la seconde expédition de 1711, 1712 et 1713. Ces récits sont suivis : 1°. d’un Mémoire concernant l’arbre et le fruit du Café, dressé sur les observations de ceux qui ont fait ce dernier voyage ; 2°. d’un Traité historique de l’origine et du progrès du Café, tant dans l’Asie que dans l’Europe, de son introduction en France et de l’établissement de son usage à Paris. Paris, 1715, in-12. C’est dans ce dernier ouvrage qu’ont puisé tous les écrivains qui ont voulu parler du Cafier et du Café dans les divers écrits publiés en France. Dans le Mercure de septembre 1741 (p. 1965 à 1982), de La Roque publia une Lettre qui a pour objet l’éloge et l’utilité du Café, mais qui ne nous apprend rien d’utile ni de curieux.

XIII. Fagon (Gui-Crescent), né à Paris en 1638, y mourut en 1718 ; médecin et naturaliste : Litteratisne salubris Café usus ? Dissertation inaugurale, dans laquelle l’auteur se prononce pour l’affirmative et prouve bien son opinion. Paris, 1716, in-4°. — Reims, 1790 ; même format.

XIV. Plaz (Antoine-Guillaume) : De potus Coffeæ abusu, catalogum morborum augente. Leipzig, 1723, in-4°. Dissertation.

XV. Fischer (Jean-André) : De potus Coffeæ usu et abusu. Dissertation qui parut in-4°. à Erfurth, en 1725.

XVI. Breton (Le), jésuite, missionnaire à La Martinique : Observations sur la plante qui porte le Café. Journal de Trévoux ; mars, 1726, p. 466 à 469.

XVII. Alberti (Michel) : De Coffeæ potus usu noxio. Halle, 1730, in-4°. Dissertation.

XVIII. Fèvre (Jean-François Le), médecin à Besançon : Traité sur la nature, l’usage et l’abus du Café, du Thé, du Chocolat et du Tabac. Besançon, 1737, in-4°. Cet ouvrage, que nous n’avons pas sous les yeux, est écrit en latin.

XIX. Massieu (Guillaume), né à Caen le 13 avril 1665, mort à Paris le 26 septembre 1722 : Caffæum, carmen, imprimé dans le recueil intitulé : Poetarum ex Academia Gallica, qui latine aut græce scripserunt Carmina. Paris, 1738, in-12, et dans les Poemata didascalica.

XX. Geyer (E.-E.) : An potus Café dicti vestigia in hebræo Sacræ Scripturæ codice reperiantur ? Dissertation affirmative. Wurtemberg, 1740, in-4°.

XXI. Jussieu (Joseph de), médecin et botaniste : Litteratisne salubris Caffeæ usus ? Dissertation inaugurale sur le même sujet que Fagon avait traité en 1716. Paris, 1741, in-4°.

XXII. Bona (Jean della) : Dell uso e dell abuso del Cafè. Dissertation historique et médicale (contre le Café). Venise, 1761, in-4°.

XXIII. Sparschuch (Henri) : Potus Coffeæ ; dissertation inaugurale (Upsal, 1761, in-4°), imprimée dans les Amænitates academicæ de Linnée ; ouvrage savant, plein de faits curieux. L’auteur, après avoir largement traité le sujet du Café, propose plusieurs succédanées, inefficaces comme tous ceux qu’on a essayé de mettre en vogue et en pratique au commencement de ce siècle.

XXIV. Calvet (Esprit-Claude-François) : An potus Caffé quotidianus valetudini tuendæ vitæque producendæ noxius ? Dissertation affirmative. — Quæstio medica ex hygiene deprompta : Réponse de Joseph-Marie Collin. Avignon, 1762, in-4°.

XXV. Monnier (Louis-Guillaume Le), né à Paris, en 1717, mort le 7 septembre 1799 : Lettre sur la culture du Café. Paris, 1773, in-12.

XXVI. Clieu (Gabriel de), et non pas Desclieux, comme on l’écrit partout, né en 1688 dans la Haute-Normandie, mort à Paris le 29 novembre 1774. C’est à lui qu’on doit les détails curieux de l’importation qu’en 1720 il fit du premier pied de Cafier à la Martinique. On trouve ces détails dans une lettre qu’il écrivit, le 22 février 1774, à Fusée-Aublet, qui l’inséra dans ses Observations sur la culture du Café ; détails que de Clieu avait adressés aussi à Fréron, qui les imprima dans son Année Littéraire.

XXVII. Barbotti (Laurent), ecclésiastique italien : Il Cafè, canti due. Parme, imprimerie royale, 1781. Ce poème est annoncé dans l’Esprit des Journaux de décembre 1781 (p. 110 à 120).

XXVIII. Boehmer (Georges-Rodolphe), professeur de botanique à l’Université de Wirtemberg : De variis Coffeæ potum parandi modis. Wirtemberg, 1782, in-4°. Dissertation.

XXIX. Moseley (Benjamin), docteur en médecine, anglais : A treatise on the Coffee. Londres, 1785, in-8°. Ce traité fut, l’année suivante, traduit en français, sur la troisième édition anglaise, par F. Le Breton, qui y joignit des Observations de Fusée-Aublet sur la culture du Cafier. Paris, 1786, in-12. C’est une apologie complète du Café.

XXX. Gentil (André-Antoine), né à Pêmes (Doubs), en 1731, mort à Paris en 1800, bernardin : Dissertation sur le Café et sur les moyens propres à prévenir les effets qui résultent de sa préparation, communément vicieuse, et en rendre la boisson plus agréable et plus salutaire. Paris, 1787, in-8°.

XXXI. Étrennes à tous les amateurs de Café ; contenant l’histoire, la description, la culture, les propriétés de ce végétal ; on y a joint la traduction française du poème latin de Massieu sur le Café. Paris, 1790, 2 parties en 1 vol. in-12. C’est, pour la partie historique, la reproduction des documents recueillis par La Roque. L’auteur, qui mal à propos présente comme rare le poème de Massieu, n’a pas connu celui de Fellon sur le même sujet.

XXXII. Cadet de Vaux (Antoine-Alexis), né à Paris, le 13 janvier 1743, mort à Nogent-les-Vierges, le 20 juin 1828 : Dissertation sur le Café, son historique, ses propriétés, et le procédé pour en obtenir la boisson la plus agréable, la plus salutaire et la plus économique ; suivie de son analyse, par Charles-Louis Cadet, pharmacien de l’Empereur. Paris, 1806, in-12.

XXXIII. Méry (M. C. de) : Le Café, poème accompagné de documents historiques, d’observations médicales et hygiéniques. Paris et Rennes, 1837, in-18. Ce poème en deux chants occupe peu de place dans le travail de M. de Méry, qui a réuni avec goût les divers renseignements sur le Cafier et son fruit, notions qui sont éparses dans un grand nombre d’auteurs.

XXXIV. Trifet (M. le D.), lauréat de la Faculté de Paris : Du Café, de ses effets sur l’homme et sur les organes génitaux ; stérilité, impuissance ; de son efficacité contre les maux d’estomac, les digestions pénibles, les maux de tête, l’asthme, et les divers empoisonnements. Paris, 1847, in-8°.

XXXV. Théry, recteur de l’Académie de Clermont. Traduction, en vers français, du poème latin de Guillaume Massieu, imprimée à la suite de la biographie de cet auteur. Caen, Hardel, 1854.


Puisqu’il nous reste une page blanche, nous allons donner aux confrères de M. Louis Du Bois et au public qui lui doit d’importants ouvrages, une idée plus complète de l’Encyclopédie des amateurs du Café, que nous avons sous les yeux. Voici la division du livre en dix chapitres :

Ch. I. Histoire du Café. — II. Introduction du Café en Europe. Suite de son Histoire. — III. Production et commerce du Café. — IV. Physiologie végétale et description du Cafier. — V. Culture du Cafier. — VI. Analyse du Café. — VII. Torréfaction et suite de l’analyse. — VIII. Infusion et divers emplois. — IX. Anciennes préparations. — X. Effets diététiques du Café.

Outre la Notice et la Bibliographie qu’on vient de lire, on trouve dans le manuscrit de M. Louis Du Bois un choix de morceaux littéraires et d’anecdotes sur le Café. Nous laissons les anecdotes, pour indiquer les morceaux littéraires. Ce sont : les Poèmes latins de Fellon et de Massieu, plus un Fragment du Prædium Rusticum, de Vanière, latin-fr. en regard ; le tout traduit en prose par M. Du Bois, traducteur de Columelle (3 vol. in-8°.), dans la seconde série de Panckoucke ; — l’Éloge du Café, chanson en 24 couplets, imprimée pour la première fois à Paris, chez Jacques Estienne, in-4°., en 1711 ; — La Cafetière renversée, par Lainez, insérée dans le Journal de Verdun ; mars 1753 ; — Le Café, fragment du 4e. chant de La Grandeur de Dieu dans les merveilles de la nature, par Dulard, de Marseille ; — Sur de Clieu et le Cafier, par Esménard, extrait du 6e. chant du poème sur La Navigation ; — Le Café, extrait du 4e. chant de La Gastronomie, par Berchoux ; — À mon Café, stances, par Ducis ; — Le Café, extrait du poème sur Les trois règnes de la nature, par J. Delille ; — Le Café, stances anonymes, insérées dans la Macédoine poétique ; 1824, in-18 ; — Sur le Café, par le marquis de Langle ; extrait de son Voyage en Espagne, qui dut à une condamnation du Parlement l’honneur non mérité de six éditions, de 1785 à 1796.

(Note du Secrétaire de l’Académie).

(Extrait des Mémoires de l’Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Caen).
  1. Cette Notice et cette Bibliographie sont extraites d’un travail considérable qui, sous le titre d’Encyclopédie des amateurs du Café, réunit aux recherches de l’érudition les données de la statistique et les renseignements les plus utiles sur l’usage de cette plante, dont l’aimable liqueur, si l’on en croit Delille,

     Sans altérer la tête, épanouit le cœur.

    M. Louis Du Bois, qui, dans sa 82e année, a conservé toute sa mémoire, toutes ses facultés, a lui-même fait une exacte analyse de son livre, à la page 6 de son Discours préliminaire :

    « Après avoir donné, dit-il, l’histoire détaillé et fort curieuse du Café d’après les plus soigneuses recherches, sa physiologie végétale, son analyse chimique, sa préparation bien appréciée pour la table, ses effets sur le corps et ses vertus médicinales, nous avons cru devoir compléter notre travail par un choix de ce que la littérature a produit de meilleur sur cet important végétal, c’est-à-dire que nous avons recueilli les plus beaux vers dont il a été le sujet, notamment les deux poèmes latins de Fellon et de Massieu, en regard desquels nous avons mis une traduction en prose. Nous terminons par la bibliothèque du chevalier de Clieu, sur lequel nos longues recherches, relatives à la Normandie, nous ont procuré les documents exacts qui avaient manqué à tous les Dictionnaires historiques. »

    M. Du Bois, dont le désintéressement égale l’érudition, céderait volontiers son manuscrit à un libraire qui prendrait l’engagement de l’éditer avec un soin convenable.

    (Note du Secrétaire de l’Académie).
  2. Ce dévouement est consacré dans ces vers de La navigation, par Esménard :

    Rappelez-vous Clieu. Sur son léger vaisseau
    Voyageait de Mokha le timide arbrisseau :
    Le flot tombe soudain, Zéphyr n’a plus d’haleines ;
    Sous les feux du Cancer l’eau pure des fontaines
    S’épuise, et du besoin l’inexorable loi
    Du peu qui reste encore a mesuré l’emploi.
    Chacun craint d’éprouver les tourments de Tantale ;
    Clieu seul les défie, et, d’une soif fatale
    Étouffant tous les jours la dévorante ardeur,
    Tandis qu’un ciel d’airain s’enflamme de splendeur,
    De l’humide élément, qu’il refuse à sa vie,
    Goutte à goutte il nourrit une plante chérie.
    L’aspect de son arbuste adoucit ses maux ;

    Clieu rêve déjà l’ombre de ses rameaux,
    Et croit, en caressant la tige ranimée,
    Respirer en liqueur sa graine parfumée.

  3. M. D. (V. le feuilleton de la Gazette de France du 12 avril 1816) rapporte qu’un M. Donrs…, riche Hollandais, passionné pour le Café, ne se crut quitte envers la mémoire de de Clieu qu’un faisant peindre à grands frais, sur un service de porcelaine, tous les détails de sa navigation et de son heureux résultat. J’ai vu ces tasses… Dans un dernier cadre, autour duquel courent des branches de Cafier, parées de leurs fleurs et de leurs fruits, s’élève un monument sépulcral où sont écrits ces mots : Nobili Gallico des Clieux qui, divina quadam inspiratione monitus, Coffeam Arabicam, non sine labore, in Americam importavit. Ex quo surculo, totius Europæ deliciæ.