Methodes nouvelles pour aprendre a lire aisement & en peu de tems, même par manière de jeu & d’amusement, aussi instructives pour les maîtres, que commodes aux pères & mères, & faciles aux enfants





AVIS.

On trouvera chez le même Libraire au premier Août prochain 1755, différens Alphabets en 15 planches pour servir de premiéres leçons aux Enfans. Il y en aura de deux façons ; l’une en grandes feuilles détachées pour être collées sur des cartons dans les Ecoles. L’autre en feuilles in folio formant un volume relié en carton, à mettre sur un pupitre, pour faire la leçon générale.

Quant à ce présent livre, on le trouvera relié en carton & parchemin pour en faciliter l’acquisition aux Enfans.

CHAPITRE IX.

Méthode très-commode de faire dire en même-tems la leçon à tous les Enfants d'une même capacité, moyennant quelque instrument ou signal propre à faire faire à la muète cet exercice & la plupart des autres de l’Ecole.


AFin qu’un Maître se fatigue moins, & qu’il enseigne cependant plus d'écoliers que deux ou trois n’en pouroient instruire par la Méthode ordinaire, il faut partager les Enfants par bandes selon leur force. Alors tous ceux d’une même bande aiiant les yeux sur la grande feuille où est leur leçon, on donera un signal pour faire dire au premier une syllabe, au second la suivante, &c. s’il se trompe, on donera un autre signal pour avertir son émule de le reprendre ; & l’on aura attention qu'aucun autre ne s’ingère à suggérer la syllabe dont il s’agit.

Suppl. chap. I. §. 2. C’est M. Rollin qui m’apprend cette Méthode. « On a, dit-il, introduit à Paris depuis plusieurs années dans la plupart des Ecoles des pauvres une Méthode qui est fort utile aux écoliers, & qui épargne beaucoup de peine aux Maîtres. L’école est divisée en plusieurs classes. J’en prends ici une seulement, savoir celle des Enfans qui joignent déja les syllabes : il faut juger des autres à proportion. Je suppose que le sujet de la lecture est, Dixit Dominus Domino meo, sede à dextris meis. Chaque Enfant prononce une syllabe, comme Di : son émule qui est vis-à-vis de lui, continue la suivante, xit ; & ainsi du reste. Toute la classe est attentive ; car le Maître sans avertir, passe tout d’un coup du commencement d’un banc au milieu ou à la fin, & il fait continuer sans interruption. Si un écolier manque dans quelque syllabe, le Maître donne sur la table un coup de baguette sans parler, & l’émule est obligé de répéter comme il faut la syllabe qui a été mal prononcée. Si celui-ci manque aussi, le suivant sur un second coup de baguette recommence la même syllabe, jusqu’à ce qu’elle ait été prononcée correctement. J’ai vers 1700 vu avec un singulier plaisir il y a plus de trente ans cette Méthode pratiquée heureusement à Orléans, où elle a pris naissance par les soins & l’industrie de M. Garot qui présidoit aux écoles de cette ville. » Elle se pratique actuèlement avec succès dans les écoles gratuites de Toul : pour cela on a doné les mêmes livres aux Enfants d’une même capacité. « L’école que je visitai, continue M. Rollin, étoit de plus de cent écoliers, & il y regnoit un profond silence. Un Maître chargé d’une nouvelle école, ne feroit-il pas sagement de visiter celles qui réussissent le mieux & de les prendre pour modèles ? »

C’est dans cette vue d’aprendre ce qui se fait de bien que j’ai visité des écoles conduites par les Frères de la Doctrine Chrétiène : & j’y ai trouvé le même plaisir que M. Rollin à Orléans, en voiiant le bon ordre qui s’y observe.

Le Maître a une chaire élevée de trois ou quatre marches, afin de voir aisément tout ce qui se passe : à cet effet les écoliers sont aussi tous tournés de son coté, même ceux qui écrivent, en sorte qu’ils peuvent le voir toujours en face ou au moins de profil. Il a continuèlement sous sa main une espèce de pinces de fer à ressort, qui font un petit bruit, comme un cliquetis d’armes, toutes les fois que ce ressort se détend. Voici l’usage qu’on en fait & les autres signes qu’on y ajoute.

Après que le Maître, pour avertir les écoliers de se disposer à la leçon a frapé un coup de sa main sur le livre fermé dans lequel on va lire, il frape un coup avec le signal, & il regarde fixement un Enfant, en le montrant avec le bout de ce signal, pour l’avertir de commencer la leçon après qu’il aura fait le signe de la sainte Croix dévotement en prononçant les paroles tout haut & les autres bas découverts & toujours en même-tems.

Pour faire signe de cesser à celui qui lit, le Maître frape un coup, & en même temps tous les écoliers se regardent. Si c’est pour faire continuer la leçon par un autre, le Maître le montre avec le bout du signal.

Pour faire signe à celui qui lit de se reprendre, quand il a mal lu ou mal prononcé une lettre, une syllabe ou un mot, le Maître frape deux coups successivement & coup sur coup avec le signal : que si après avoir fait le signe deux ou trois fois, l’écolier ne dit pas bien, le Maître frape un seul coup, comme pour faire cesser de lire afin de faire regarder tous les écoliers, & il fait en même tems signe à un autre de lire haut la lettre, la syllabe ou le mot que celui-la a mal lu ou mal prononcé : que si après avoir fait le signe deux ou trois fois, celui qui lit ne trouve, & ne recommence pas ce qu’il a mal lu ou mal prononcé, parce qu’il en a lu plusieurs après celui-la, avant d’être repris, le Maître frape trois coups successivement l’un sur l’autre, pour lui faire signe de recommencer plus avant en rétrogradant, & il continue de faire ce signe jusqu’à ce que l’écolier arive à l’endroit où il a fait une faute.

Pour faire signe de parler plus haut, le Maître lève le signal en haut par le bout, & pour faire signe de parler plus bas, il en baisse le bout vers la terre.

Pour faire signe de lire ou réciter posément, il frape deux coups distincts & séparés l’un de l’autre. Pour reprendre de ce que la pause entre deux lettres, ou entre deux syllabes, ou entre deux mots n’est pas assez grande, il baisse le bout du signal sur le livre qu’il a en main posément & à plusieurs reprises. Si c’est après une virgule ou après un ou deux points que la pause n’est pas suffisante, il pose le bout de son signal sur l’endroit où l’on lit, en s’y arrétant. Si c’est pour avertir que l’écolier fait une pause là où il n’en falloit point, ou qu’il la fait trop longue, ou qu’il traine mal-à-propos, le Maître coule le signal sur son livre ouvert.

Pour faire changer de leçon, le Maître frape de sa main sur son livre ouvert, & en même tems celui qui lit cesse de lire, & dit tout haut, Dieu soit beni à jamais.

Pour faire signe de finir la dernière leçon & faire serrer les livres, le Maître frape un coup de sa main sur la couverture du livre qu’on lit actuèlement.

Pour avertir quelqu’un ou plusieurs de ne pas parler si haut en étudiant, il lève un peu la main avec le signal, comme s’il la vouloit porter à l’oreille. Il fait le même signe lorsqu’il entend quelque bruit dans l’école : si c’est du côté droit que se fait le bruit, il lève la main droite ; si c’est du côté gauche, il lève la main gauche.

Pour faire commencer l’écriture, après que le distributeur des exemples les a tous donés, le Maître fait trois signes, en frapant trois fois distinctement avec le signal, à chaque signe un coup seulement : au premier les écoliers tirent tous & montrent leurs écritoires : au second, ils les ouvrent & tirent leurs plumes : au troisième ils mettent la plume dans l’encre, & ils écrivent en même tems.

Quand un écolier se couche sur la table pour écrire, ou qu’il tient quelque autre posture messéante en écrivant, le Maître lève la main de droite à gauche pour lui faire signe de mettre son corps dans une bone situation.

Quand un écolier ou plusieurs ne tiènent pas bien la plume, le Maître montre avec la main la manière de la bien tenir. S’il en remarque quelqu’un qui n’écrive pas, il lui fait signe en le regardant, & puis il lève la main en faisant le mouvement des doigts.

Pour faire réciter les Prières le Maître joint les mains.

Pour avenir de répéter les réponses de la Messe, il frappe sa poitrine.

Pour avertir de répéter le Catéchisme, il fait le signe de la Croix.

Pour reconnoître si un écolier est attentif pendant le tems des répétitions, le Maître frape un coup avec le signal pour faire arrèter celui qui parle, & ensuite il montre l’autre avec le bout du signal, pour lui faire signe de répéter ce que son compagnon vient de dire.

Pour reprendre un écolier de n’avoir pas bien fait le signe de la Croix, ou lui faire signe de baisser les yeux & de regarder son livre, ou d’autres choses semblables, le Maître fait ce qu’il veut que l’écolier fasse & observe.

Quand un écolier veut demander permission de parler, il se lève & se tient de bout à sa place les bras croisés : si le Maître juge à propos qu’il parle, il lui fait signe de venir en retirant le bout du signal à soi : si c’est pour sortir, le Maître tourne le signal du côté de la porte : s’il refuse l’un ou l’autre, il baisse le signal vers la terre.

Il y a des signes pour les fautes commises par les Enfants. Celles qu’ils font ordinairement se réduisent à cinq ou six chefs qui sont marqués sur des feuilles attachées aux murs : si quelqu’un y tombe & mérite correction, le Maître lui montre la sentence, & le fait venir auprès de lui, pour le corriger comme il convient.

Il y a aussi une clochette dont on tinte quelques coups, pour avertir de se mettre en la présence de Dieu avant que de commencer un exercice, ou pour faire dire quelque autre courte prière quand l’heure sone.

CHAPITRE X.

Différentes Méthodes d’aprendre à lire en jouant. L’usage des Dés est très-commode.


SI les Religieuses qui ont de petites Pensionaires, les Précepteurs & les autres Maîtres qui vont dans les maisons bourgeoises, veulent enseigner les Enfants tout en jouant, selon le sage conseil de Messieurs Rollin, Pluche, Locke, & de S. Jérôme même,Chap. I. comme je l’ai dit plus haut, ils pouront se servir de différents expédients inventés à ce dessein.

Supplém. chap. I. §. 2. « Il y a des Maîtres, dit M. Rollin, qui se servent de deux boules de bois (l’ivoire conviendroit enco