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Message du Dalaï Lama à l’occasion du 9e anniversaire du soulèvement de Lhassa


Message à l’occasion du 9e anniversaire du soulèvement de Lhassa



Traduction de Sofia Stril-Rever, in « Mon autobiographie spirituelle », Presses de la Renaissance, 2009, ISBN 275090434X
10 mars 1968

« La commémoration du 10 mars est devenue sacrée pour tous les Tibétains et c’est une date importante dans le combat historique de notre peuple qui veut se libérer de ses oppresseurs. C’est en effet jour pour jour qu’il y a neuf ans, les Tibétains tentèrent courageusement de s’affranchir du joug des dirigeants chinois. En 1950 ils occupèrent notre pays par la force, en se prévalant d’une revendication ambigüe et désuète de suzeraineté. Comparée à la supériorité des forces chinoises, notre résistance était condamnée d’avance et elle entraîna un massacre à grande échelle de milliers de nos compatriotes. Mais l’esprit d’un peuple qui croit en la dignité humaine et en la liberté de toutes les nations, grandes comme petites, ne peut se laisser dompter par la puissance d’un agresseur. Ce fut en ce jour fatal que tout notre pays s’unit en défiant les Chinois et que nous avons réaffirmé notre identité nationale en des termes clairs face au monde extérieur. Le combat de notre peuple, uni pour sa défense, continue aujourd’hui à l’intérieur, comme à l’extérieur du Tibet. Pour nos compatriotes restés au Tibet, la bataille est à la fois physique et morale. Les Chinois ont utilisé toutes les ruses possibles ainsi que la force pour casser la résistance des Tibétains. Le fait qu’ils n’aient pas réussi est admis par la Chine et attesté par le nombre de Tibétains qui fuient vers l’Inde et les autres pays voisins chaque année, malgré les contrôles de plus en plus serrés, imposés par les communistes chinois aux frontières. Récemment, près de cinq cents Tibétains ont péri, alors qu’ils tentaient de fuir en Inde. Ils savaient que leurs chances de succès étaient quasi nulles et cependant, ils ont préféré prendre le risque. Est-il concevable qu’un peuple en vienne à de telles extrémités suicidaires, alors qu’il est soi-disant satisfait du régime sous lequel il vit, si l’on en croit les communistes chinois ? Pendant chacune des années écoulées, les Chinois ont successivement tenté d’endoctriner des milliers d’enfants tibétains en les séparant de force de leurs parents pour les envoyer en Chine. Dans ce pays, ils ont été tenus à l’écart de toute culture tibétaine et on leur a enseigné les doctrines de Mao, les obligeant à tourner en dérision et en ridicule le mode de vie tibétain. Mais contrairement aux attentes chinoises, une grande majorité d’entre eux résistent à présent au régime chinois imposé au Tibet. Aussi longtemps que les hommes ont la capacité de penser et aussi longtemps qu’ils recherchent la vérité, les communistes chinois ne réussiront pas complètement à endoctriner nos enfants. Il ne fait pas de doute que le sort réservé aux minorités ethniques annexées atteste du chauvinisme han. Cependant, loin de réussir à atteindre leurs objectifs, les Chinois ne font qu’alimenter la flamme nationaliste. C’est pour cette raison que même de jeunes communistes tibétains se sont ligués avec le reste du pays contre les Chinois. La culture et les croyances religieuses dans notre pays ont été l’une des principales cibles de la répression communiste chinoise. La destruction des universités monastiques, des centres culturels et des autres institutions assimilées, entreprise au début de la conquête chinoise, s’est intensifiée récemment avec la Révolution culturelle et le mouvement des Gardes rouges. Les moines, les nonnes et les érudits ont été expulsés des monastères et des instituts culturels. Avec la population locale en grand nombre, ils construisent sous la contrainte un immense réseau de routes stratégiques reliant le Tibet, qui est devenu une gigantesque base militaire, établie aux frontières des pays voisins. Cela pose une menace grandissante pour la paix de ces régions. Il reste maintenant à ceux d’entre nous qui ont eu la chance de fuir les communistes chinois de reprendre la noble tâche pour laquelle tant de nos compatriotes ont donné leur vie en ce jour mémorable. Notre peuple en exil s’efforce consciencieusement de préparer le jour où nous pourrons retourner dans un Tibet libre. C’est ainsi que les enfants tibétains que je regarde comme le socle d’un Tibet libre et indépendant dans le futur, reçoivent les meilleures chances possibles de se développer, de grandir mentalement et moralement pour devenir des hommes et des femmes, profondément enracinés dans leur propre culture, leurs croyances et leur mode de vie, tout en étant proches de la civilisation moderne et enrichis par les plus grands accomplissements de la culture du monde. Ils seront ainsi des citoyens tibétains sains et créatifs, capables de servir notre nation et l’humanité. Notre souhait est non seulement de pouvoir contribuer à la prospérité de notre pays d’accueil, mais aussi de faire en sorte qu’une culture authentiquement tibétaine puisse prendre racine et fleurir à l’extérieur du Tibet, jusqu’à ce que nous soyons en mesure d’y retourner. Y revenir un jour est un espoir qui nous accompagnera toujours et un but pour lequel nous devons sans cesse œuvrer. Pour finir, je souhaiterais offrir mes prières et invoquer les bénédictions des Trois joyaux pour la paix et le bonheur de tous les êtres sensibles. »

Le Dalaï Lama